Transcription

[Joseph Kunkel:] Bonjour et bienvenue à notre série de webinaires sur l’Initiative d’innovation pour la construction de logements dans les communautés autochtones. Je m’appelle Joseph Kunkel, je suis directeur de conception au MASS Design Group et je dirige un portefeuille de travail intitulé « Communautés autochtones durables ». Je suis membre de la tribu Northern Cheyenne et concepteur travaillant ici, avec nos communautés tribales aux États-Unis. Je suis heureux d’animer une nouvelle fois ce webinaire et d’accueillir aujourd’hui notre invité Sean Willy. Sean, je vous remercie d’être avec nous aujourd’hui et je vous invite à vous présenter. [Sean Willy:] Merci Joseph. Je suis heureux d’être ici. Je suis membre des Métis, dans les Territoires du Nord-Ouest. Je travaille dans l’industrie des ressources depuis plus de 20 ans. Je suis président-directeur général de Des Nedhe Development. Il s’agit d’une société autochtone à 100 %, appartenant à la Première Nation English River, au nord de la Saskatchewan. Je travaille dans cette société depuis environ deux ans et je suis heureux de faire partie de l’équipe de l’Initiative d’innovation pour la construction de logements dans les communautés autochtones. [Joseph Kunkel:] Excellent, excellent. Et pourquoi ne pas… Commençons peut-être par votre appartenance au comité directeur et les raisons pour lesquelles vous avez choisi d’en faire partie. [Sean Willy:] Eh bien, lorsque vous grandissez dans le nord du Canada, vous êtes tout simplement exposés aux communautés autochtones, aux communautés des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Après avoir examiné le défi du logement et parce que je voulais faire partie d’une équipe capable d’innover, cette expérience m’a vraiment touché parce que je pense que l’amélioration des conditions de logement se traduit par des familles en meilleure santé, plus sûres et plus fortes, donc des communautés plus dynamiques. Un meilleur logement est plus propice à l’éducation et encore une fois, à la santé et au bien-être, parce que nos communautés sont devant un défi, n’est‑ce pas? Et je pense que ça a vraiment un impact sur la culture des gens. Les gens regardent nos communautés et croient que la pauvreté fait partie de la culture, mais je vois chez beaucoup de personnes de la communauté une culture autochtone dynamique. Mais je pense que tout commence par un endroit sûr, sain et chaud où on peut se reposer. Ensuite, je vois le logement comme une possibilité de développement économique. Et je pense que le développement économique renforce la voie vers l’autodétermination. Parce que si vous ne créez pas vos propres possibilités de développement économique et vos propres sources de revenus, vous devez dépendre des autres et ce n’est pas ça qui mène à l’autodétermination. [Joseph Kunkel:] Effectivement. C’est vrai. Et c’est exactement la raison pour laquelle nous allons parler aujourd’hui du développement économique, des méthodes de financement durables et des moyens de vraiment réfléchir à la façon dont nous, en tant qu’Autochtones, pouvons vraiment adopter une réflexion critique sur des avenirs durables en termes de financement. Et cette conversation avec vous, je crois qu’elle est vraiment importante au moment où nous réfléchissons à cette initiative en particulier et à la manière dont nous pensons au logement, au développement du logement, etc. Donc, peut-être juste pour vraiment nous plonger dans le sujet et parler un peu du financement de projet et de l’approvisionnement, si vous avez des remarques sur la raison pour laquelle il s’agit d’une composante de base ou d’une composante vraiment essentielle à cette initiative. [Sean Willy:] Eh bien, je pense qu’il faut commencer par l’endroit d’où vous venez. Je pense que si vous regardez nos communautés, l’argent qui est créé dans nos communautés autochtones, vous constatez que près de 90 % de ces fonds quittent la communauté. Et je pense que si l’on examine le logement dans une optique durable, comme un moyen de créer un avantage en matière de développement économique pour la communauté, et de conserver une partie de cet argent dans la communauté, ça contribuera à rester sur la voie de l’autodétermination. Alors nous avons commencé avec ce logement durable. Donc, les communautés, je crois, ont généralement un coffre, et elles sortent et remettent cet argent à un fournisseur extérieur, sûrement pour essayer d’en avoir plus pour leur argent. Elles se retrouvent avec les maisons les moins chères, parce qu’elles sont soumises à des restrictions budgétaires rigoureuses, et par conséquent, une part de l’argent s’en va à l’extérieur. Au lieu de cela, comment pouvons-nous construire nos propres maisons? Pouvons-nous créer des entreprises de développement économique? Pouvons-nous aider d’autres communautés autochtones qui ont déjà créé ces entreprises? Je pense que nous devons commencer à conserver l’argent autochtone à l’intérieur des coffres autochtones. Deuxièmement, qu’utilisez-vous dans votre logement? Donc, vous savez, surtout au Canada, de nombreuses communautés sont situées dans la forêt boréale. Vous en avez d’autres qui sont dans des zones où vous pouvez utiliser des matériaux locaux, de votre territoire traditionnel dans la construction de logements. Vous savez, même pour le calage, les bois. Certaines communautés sont propriétaires dans des scieries et dans d’anciennes aires de transbordement du bois d’œuvre. Que pouvez-vous apporter en main-d’œuvre ou fournitures dans les magasins communautaires? Je crois qu’il s’agit de ramener ça au niveau local et de faire participer les gens à la question du logement. J’ai vu ça trop de fois, les logements prêts à emménager arrivent et sont juste posés à terre; ils n’emploient personne, ils ne sont pas construits dans la communauté. Aucun sentiment de fierté, aucun sentiment de propriété. Donc c’est là, je pense, où nous devons commencer avec le développement économique, dans cette chaîne d’approvisionnement. Où est la communauté si on ne s’intéresse pas à l’aspect local, peut-elle soutenir une autre communauté autochtone? Et nous devons mettre la jalousie de côté et commencer à nous soutenir les uns les autres dans le but d’avoir des logements plus durables. Lorsque je regarde l’étape suivante, et vous l’avez mentionné, il y a le financement. Je connais de nombreuses communautés qui sont sur le point d’offrir des possibilités d’accès à la propriété à leurs membres. Je pense que c’est là où ça commence; les gens s’impliquent dans l’achat de leur propre maison ou même commencent avec la location de leur propre maison. Je pense que c’est une conversation qui s’impose et nous devons comprendre que ça ne se fera pas du jour au lendemain. Et je pense que vous avez vu des communautés à travers le pays qui ont emprunté cette voie en permettant aux membres d’acheter une maison. Regardons les réserves par exemple. Ça crée un effet de vague chez les gens; la plupart des familles qui sont propriétaires de ces maisons ont un sentiment d’appartenance. Oui, au départ, il y a une certaine jalousie, mais avec le temps, ce sentiment disparaît pour laisser place à un effet de contagion et d’autres personnes veulent avoir l’option d’acheter leur propre maison; en être propriétaire et en faire la sienne avec le temps, créer de la richesse pour votre famille pour pouvoir la transmettre. Mais selon moi, un financement innovateur doit commencer avec les individus. Encore une fois, c’est mon avis. J’ai vu dans de nombreuses communautés, on dit : « Eh bien, pas tout le monde va pouvoir faire ça », peu importe la culture, tout le monde ne peut pas le faire. Je pense que nous devons accepter le fait que certains vont vouloir acheter, certains vont vouloir louer et certains voudront demeurer dans le système actuel. [Joseph Kunkel:] Effectivement. [Sean Willy:] Deuxièmement, il y a des coffres en ce moment, grâce à des agences de prêt, la SCHL sur les prêts hypothécaires. Même dans les communautés. Je crois que les communautés feraient bien de voir comment elles pourraient encourager les prêts hypothécaires à long terme des membres de la bande. Parce que je pense que les avantages l’emportent sur les inconvénients avec ces types de modèles. [Joseph Kunkel:] Oui, je pense que c’est intéressant. Et vous avez abordé un peu le financement novateur qui concerne le développement durable ou le soutien d’un développement durable pour un genre d’investissement à long terme, n’est-ce pas? Cette idée de s’assurer que nous bâtissons et nous pensons à bâtir, que nous soutenons notre culture, nos communautés pour le long terme. Y a-t-il un projet qui vous vient à l’esprit? Ou existe-t-il une pratique ou un conseil que vous pourriez suggérer aux éventuels participants ou personnes qui sont en train de préparer une demande dans le cadre de cette initiative? [Sean Willy:] J’essaierais d’établir des partenariats avec d’autres communautés. Je pense que trop souvent nous fonctionnons en vase clos et, encore une fois, il y a un peu de jalousie ou de compétitivité dans nos communautés. Mais j’aimerais voir des demandes multicommunautaires, entre nations. Pas vrai? Dans le monde des Premières Nations, les Premières Nations en partenariat avec les Métis, ou les Cris et les Dénés, ou les Saulteux en partenariat avec les Anishinaabe. Je pense que ça ajouterait de la valeur parce qu’à mon avis, c’est encore une fois des nations qui travaillent ensemble. Je pense, qu’est-ce qui ajouterait de la valeur, comment allez-vous utiliser une chaîne d’approvisionnement locale, n’est-ce pas? Et multiplier l’argent. Donc, si vous obtenez un financement de différents coffres pour construire une maison, comment allez-vous vous assurer ̶ j’utilise le mot multiplier ̶ que vous ajoutez de la valeur? Donc y a-t-il des charpentiers, des plombiers dans la communauté à qui vous pouvez fournir une partie de cet argent? Qui sortira ensuite et ira embaucher d’autres personnes et mettra un financement additionnel dans ce coffre? N’est-ce pas? Trop souvent, nous obtenons ces fonds d’institutions financières pour construire des maisons et cet argent se perd en paroles. Je vais donc être à la recherche de méthodes innovatrices; lorsque vous construisez la maison, à quoi va ressembler votre chaîne d’approvisionnement locale? À quoi va ressembler votre chaîne d’approvisionnement autochtone? Et troisièmement, les produits que nous utilisons ici, Joseph. Donc, comme je l’ai mentionné, y aura-t-il un contenu local dans les divers produits durables utilisés par la communauté? Une entité autochtone détient-elle certaines choses qui ajouteraient de la valeur au projet de logement et qui pourraient faire partie de ces possibilités de chaîne d’approvisionnement? [Joseph Kunkel:] Oui. Et comme vous êtes en train de penser à ces projets, aux chaînes d’approvisionnement et au financement, est-ce qu’il y a vraiment quelque chose au niveau du processus d’approvisionnement qui pourrait augmenter, influencer ou accroître la capacité d’un projet d’avoir d’autres répercussions financières dans la communauté? [Sean Willy:] Eh bien, je pense que l’approvisionnement doit favoriser les fournisseurs autochtones. Nous devons soutenir les fournisseurs qui vont employer et former les peuples autochtones. Je pense trop souvent, si vous jetez un coup d’œil à l’approvisionnement fédéral canadien actuel, c’est vraiment une course vers le bas et c’est généralement la soumission la moins chère qui l’emporte. Je crois que nous devons ajouter ce qui est mieux pour la société, ce qui est mieux pour le contribuable canadien. Et c’est l’emploi des Autochtones. C’est vraiment une excellente façon de mobiliser un segment de la population qui a été embauchée et que nous pouvons former et ajouter des compétences dans ces communautés. Les avantages sont pour leurs enfants parce que si les enfants ne voient pas leur mère et leur père aller au travail alors ils sont plus susceptibles de suivre leur exemple. J’ajouterais donc ces choses dans notre approvisionnement. Je veux voir qu’elles font partie des demandes. Comment mobilisez-vous la communauté autochtone dans une perspective de stratégie de main-d’œuvre? [Joseph Kunkel:] Excellent, c’est intéressant de penser à cette initiative comme à du développement économique et pas seulement une façon de fournir un logement. Je pense, à mesure que cette conversation évolue, que cette idée d’amplifier notre capacité de tirer parti de nos économies locales et de penser localement, d’y songer dans la perspective de la durabilité et pas seulement la durabilité environnementale, financière et fiscale, et la façon dont nous bâtissons notre économie localement, en tant que peuples autochtones. Je pense que ce qu’il faut retenir, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement de construction, de construire pour construire ou de construire pour fournir un abri. Il s’agit d’une durabilité à long terme. Je suis rempli d’enthousiasme quand je vous entends parler de vraiment repousser les limites de ce à quoi ça pourrait ressembler dans ces communautés autochtones et dans le cadre de cette initiative elle-même. [Sean Willy:] Eh bien, oui, et vous savez, ce n’est pas « nouveau ». Il s’agit de rétablir le lien entre ce qui se faisait par le passé avec des techniques un peu plus modernes. N’est-ce pas vrai? C’est ainsi que nos communautés fonctionnaient il y a deux cents ans, avant le contact. Je pense donc que nous pouvons revenir sur ce point et même passer au niveau suivant et alors, vous savez, commencer à incorporer – dans certaines communautés en milieu urbain, je pense aussi que vous verrez davantage l’inclusion de la technologie. Mais encore une fois, si nous pouvons ajouter de la valeur et conserver ces fonds dans nos communautés, cela ajoute simplement un niveau de durabilité qui ne devrait pas nous faire peur. [Joseph Kunkel:] Non, c’est super de l’entendre. Et je pense que certaines des principales leçons à tirer de cette discussion sont le renouvellement de la durabilité et la conservation de ces dollars dans la communauté. L’idée d’embaucher localement, d’élever ceci au-delà d’un projet de développement concret est très excitante. Alors que nous sommes sur le point de conclure notre séance ici, y a-t-il des dernières réflexions? Si les demandeurs préparaient ensemble le « projet parfait », qu’est-ce que vous aimeriez voir dans une demande potentielle? [Sean Willy:] Un logement sain, heureux et bien conçu. Je pense que c’est là que nous devons commencer, avec l’approche systématique en matière de logement. Mais encore une fois, je répète que je défends le développement économique local. Je veux un logement durable, intelligent, bien isolé, bien construit, qui a reçu la contribution de la communauté, qui a tenu compte de ses besoins. Mais parallèlement, comment mobilisez-vous la main-d’œuvre locale, les fournisseurs locaux, pour veiller à ce que les sources de financement demeurent dans les communautés? Donc, ça englobe vraiment tout. Il faut bien y réfléchir. Ça ne peut pas être qu’un seul pilier. Il faut que vous vous intégriez. Vous devez toucher les cinq piliers. Ça doit être bien réfléchi et planifié avec les autres communautés parce que je pense que nous devons avoir un dialogue de nation à nation et des logements. [Joseph Kunkel:] Et c’est l’innovation qui tire sur tous ces leviers. C’est tirer sur les finances. C’est tirer sur la durabilité, réfléchir de façon critique à la culture de la conception, la communauté en place. Je crois que ceux-ci sont les thèmes que nous avons entendus dans cette série de webinaires et je pense que tous les membres du comité de direction qui ont participé ont réellement fait preuve d’un esprit critique sur la façon dont nous travaillons en collaboration et collectivement et comment nous nous réunissons pour essayer de résoudre ces questions sur le logement des Autochtones. Je trouve que c’est vraiment excitant d’entendre comment tout le monde le définit et réfléchit vraiment de façon critique au développement, au logement, et au financement. [Sean Willy:] Parfait. [Joseph Kunkel:] Merci de nous avoir consacré du temps et de nous avoir fait part de vos réflexions et de vos visions sur cette initiative, et j’ai vraiment beaucoup apprécié votre participation. Et pour nos auditeurs, j’attends avec impatience notre dernière séance sur cette série de webinaires et j’ai hâte de voir ce qui émanera de tout cela. Alors merci à tous et à bientôt lors de notre prochaine discussion. Merci.