Du travail social au secteur spatial
Surmonter le syndrome de l’imposteur et faire valoir sa singularité dans la fonction publique
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Le Programme de Fellowship d’Impact Canada offre à des personnes hautement qualifiées une occasion unique de travailler avec des ministères hôtes de l’ensemble du gouvernement fédéral dans deux disciplines, Sciences du comportement et des Défis, afin d’accroître les capacités de la main-d’œuvre existante.
Je m’appelle Meghan MacDonald, et j’ai la chance d’être Fellow du programme d’Impact Canada dans la discipline des Défis. J’ai ainsi l’occasion de travailler à l’Agence spatiale canadienne (ASC) pour le projet Défi de l’alimentation dans l’espace lointain et de définir la portée d’un nouveau défi relatif aux ressources spatiales. Travailler avec Impact Canada et l’ASC est vraiment un point fort de ma carrière, et je suis très reconnaissante d’être appuyée par deux équipes extrêmement novatrices, solidaires et talentueuses. Après six mois, je souhaite jeter la lumière sur ce que bon nombre d’entre nous ont vécu, à savoir le syndrome de l’imposteur, et parler un peu de ce que j’ai appris en cours de route.
Je n’oublierai jamais le moment où, en me connectant en vue de mon entrevue avec Impact Canada, j’ai vu à l’écran la personne qui deviendrait mon responsable. J’ai dû vérifier deux fois (plutôt trois fois) l’organisme indiqué sous son nom : Agence spatiale canadienne (ASC). Après l’entrevue, je suis restée assise, incrédule à la simple idée que moi, travailleuse sociale clinique de formation, puisse un jour atterrir à l’ASC.
Puis est arrivé mon premier jour avec Impact Canada et l’ASC, en novembre 2022 (Constat no 1 : Je suis toujours dans l’incrédulité la plus totale). J’étais entourée de collègues extrêmement intelligents et humbles. Ma fébrilité était palpable, mais je ne pouvais m’empêcher de me demander ce que j’allais pouvoir ajouter à cet environnement qui semble déjà regorger de talents. Je me demandais quelle serait ma place, quelle serait ma contribution et comment je pourrais être à la hauteur de mes merveilleuses équipes, tant à Impact Canada qu’à l’ASC.
Six mois se sont écoulés depuis que je travaille comme Fellow des Défis d’Impact Canada à l’ASC. J’ai appris tellement de choses que j’aimerais pouvoir dire à la Meghan du passé. Permettez-moi de vous en faire part.
Leçon no 1 : Personne d’autre que vous n’est vous. Concentrez-vous sur ce qui vous semble « facile », et faites-le.
Constat no 2 : L’aérospatiale, la physique et l’ingénierie des bioressources, ce ne sont pas mes forces. Je plaisante souvent sur le fait que ma maîtrise en travail social ne m’a rien enseigné sur l’ingénierie et l’espace, mais je devrais plutôt me concentrer sur les apprentissages formidables que j’ai acquis grâce à cette maîtrise et à mon expérience dans le domaine. Par exemple :
- Comment s’attaquer à des problèmes complexes et les disséquer en actions réalisables (une compétence clé du processus de recrutement des Fellows).
- Découvrir comment les autres travaillent pour collaborer efficacement avec des personnes de diverses disciplines et naviguer dans des systèmes complexes.
- Faire des recherches efficaces sur une question pour la ventiler en points clés à retenir (un élément central de la phase Comprendre dans l’élaboration d’un défi).
- Aider les gens à faire évoluer leur façon de penser vers une réflexion innovatrice qui sort des sentiers battus.
- Prendre en compte les effets microscopiques des changements systémiques de grande ampleur.
Lorsque j’ai commencé à travailler pour l’ASC et Impact Canada, j’ai passé tellement de temps à penser à ce qui me manquait alors que j’aurais dû me concentrer sur ce que je pouvais apporter à mon équipe. Avec Impact Canada, nous avons la chance de profiter d’un processus d’intégration sur mesure, qui m’a aidée à surmonter certains de mes doutes. À l’ASC, l’ouverture d’esprit de mes collègues et gestionnaires a été cruciale pour me faire sentir soutenue et à l’aise pendant que je découvrais mes nouveaux environnements et l’endroit où je m’intégrais le mieux.
Plus je me sentais à l’aise dans mon rôle, plus je me rendais compte qu’il y avait un espace (jeu de mots!) important accordé à ce qui me paraissait plus facile, et que c’est exactement la raison pour laquelle j’ai été recrutée. En réfléchissant à mon expérience clinique, passée et présente, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un principe clé des interventions thérapeutiques fondées sur les forces : lorsque nous déplaçons notre locus de contrôle pour renforcer nos points forts existants, notre confiance et notre compétence augmentent. Oui, en tant que nouveau Fellow ou nouveau membre d’une équipe solide, on peut être submergé de voir les compétences et connaissances extraordinaires de nos collègues. Mais les nôtres sont également inestimables.
Beaucoup de Fellows sont des personnes au rendement élevé, ce qui est souhaitable et nécessaire, mais peut aussi venir avec des défis : toujours se demander si l’on en fait assez, si l’on produit assez, si l’on apporte assez de valeur à l’équipe. Constat no 3 : Vous suffisez amplement tel que vous êtes, avec les compétences, les connaissances et l’expérience que vous possédez actuellement. Appuyez-vous sur vos forces et votre valeur, et rappelez-vous que vous occupez ce poste pour une raison précise (le programme de Fellowship comporte un processus de recrutement très compétitif, et personne ne s’y retrouve par hasard).
Leçon no 2 : Acceptez votre inconfort. La croissance n’est jamais confortable.
Avant de devenir Fellow des Défis, je n’avais pas réfléchi aux deux côtés de la médaille de la croissance et du changement, c’est-à-dire au fait que l’excitation et l’émerveillement vont de pair avec l’anxiété et l’inconfort. Dès que j’ai accepté l’inconfort associé aux incertitudes qui accompagnent la croissance et à l’ambiguïté des premières étapes de l’élaboration d’un défi, je suis devenue plus à l’aise dans cet inconfort. Les humains sont naturellement hostiles au changement, ce qui est ironique puisque nous ne pouvons pas croître en demeurant dans un état stable et immuable.
Plus nous arrivons à accepter pleinement l’inconfort, plus nous devenons résilients et adaptables. Il faut donc composer avec cet inconfort initial et tenter le plus possible d’embrasser le changement. Constat no 4 : On apprend et grandit tellement en s’ouvrant à l’inconfort dans la vie.
Le changement est toujours difficile, même lorsqu’il est excitant et positif. On se sent mal à l’aise lorsqu’on grandit et apprend. Il est important d’accepter ce que l’on ressent et de se réconforter en sachant que l’inconfort est temporaire.
« Je ne prétendrai pas que je n’étais pas pétrifié. Je l’étais. Mais à cette peur terrible se mêlait un glorieux sentiment d’excitation. La plupart des choses vraiment excitantes que nous faisons dans la vie nous effraient à mort. Elles ne seraient pas passionnantes sinon. » — Roald Dahl, Danny, champion du monde (traduction libre)
Leçon no 3 : Améliorez votre capacité à mettre vos idées à l’essai, surtout lorsqu’elles sont encore imparfaites, et à accepter que vous allez (et devez) faire des erreurs.
Simon Sinek utilise la métaphore de la première crêpe (en anglais) quand il parle d’essayer de nouvelles idées : la première crêpe n’est jamais parfaite. Elle est un test pour nous montrer quoi changer pour que la prochaine crêpe soit — on l’espère — bien meilleure. Il en va de même pour les idées : parfois, il suffit d’essayer quelque chose, de le mettre à l’épreuve, puis de l’améliorer. Dans un nouveau rôle, il faut commencer quelque part, et cela signifie parfois qu’il faut servir « la première crêpe ». Elle n’est peut-être pas parfaite, mais nous devons commencer, échouer et grandir grâce aux leçons que nous en tirons. Je sais que cela peut sembler contre-intuitif pour ceux qui veulent naturellement que leur travail soit impeccable et parfait, mais mettre des idées à l’essai et les améliorer par itération est une approche importante.
J’ai eu la chance de me sentir très à l’aise de mettre mes premières crêpes à l’essai avec mon équipe, d’apprendre ce qui fonctionne, de voir comment adapter mon approche et comment soutenir au mieux les efforts d’Impact Canada et de l’ASC, mais la courbe d’apprentissage a tout de même été abrupte pour moi. Mais plus je me rendais compte que je pouvais essayer des choses, les améliorer et les réessayer, plus j’apprenais. Constat no 5 : Vous ferez des erreurs, que vous l’acceptiez ou non. Si vous l’acceptez, vous apprendrez beaucoup sur l’amélioration itérative.
Leçon no 4 : Être vulnérable est une force. Votre humanité est un aspect essentiel de votre authenticité, ainsi que de votre identité personnelle et professionnelle.
En tant que travailleuse sociale et thérapeute de métier, je parle beaucoup de l’importance de la vulnérabilité et de l’ouverture — même si je gagnerais à les mettre davantage en pratique moi-même. Si vous ressentez le syndrome de l’imposteur, dites-le à quelqu’un en qui vous avez confiance. Quand j’ai commencé à travailler pour Impact Canada et l’ASC, je me souviens d’avoir dit à un collègue que je souffrais du syndrome de l’imposteur, et il a immédiatement validé mes sentiments. C’était tellement réconfortant de me rendre compte qu’une personne que j’admirais avait vécu la même chose. Lorsqu’on reste seul avec nos sentiments, on pense souvent être les seuls à les ressentir, mais c’est rarement vrai.
Que ce soit comme nouveau Fellow, comme nouvel employé ou simplement comme être humain qui navigue dans l’incertitude et le désordre de la vie, il est essentiel d’être ouvert et honnête avec les personnes en qui l’on a confiance pour savoir que l’on n’est pas seul. La leçon la plus importante que je retiens, et que je peux vous dire maintenant, c’est que personne n’est parfaitement confiant ou sûr de ce qu’il fait en tout temps — même mes collègues talentueux et hautement compétents de l’ASC et d’Impact Canada, que j’admire et qui m’inspirent. Notre ouverture à être vulnérables ne permet pas seulement de former une communauté authentique autour de nous, mais aussi d’aider les autres à être vulnérables, ouverts et authentiques à leur tour.
Enfin, et surtout, vous êtes précieux, important et formidable en raison de ce que vous êtes vraiment, non seulement en tant que Fellow, employé ou gestionnaire, mais aussi en tant qu’être humain. Cela semble tellement évident, mais pour beaucoup d’entre nous, il peut être difficile de dissocier notre valeur personnelle de ce que nous produisons, réalisons ou démontrons. Sachez que votre valeur est intrinsèque. Vous n’avez pas besoin de faire plus ou d’être quelqu’un d’autre que vous-même pour avoir de la valeur.