De la psychologie de la personnalité à la conservation de l’environnement
Mes réflexions sur le passage du milieu universitaire au service public
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Il y a environ un an, j’ai eu une première rencontre avec l’équipe d’Impact Canada pour discuter des possibilités de mener des travaux de science comportementale dans le secteur public, et depuis, j’ai appris certaines choses dont j’aimerais vous faire part dans ce blogue. J’espère que ces réflexions pourront aider d’autres personnes dans des situations similaires qui envisagent ce type de réorientation professionnelle et qui sont peut-être découragées par le processus. J’espère notamment démontrer l’intérêt d’appliquer son expertise en matière de recherche à n’importe quel sujet, inspirer une certaine confiance dans ses capacités et leur généralisation, et souligner les avantages de relever de nouveaux défis professionnels. Tout au long de ce texte, je donnerai quelques exemples tirés de mon expérience afin de fournir un contexte.
Vos compétences et votre expertise en matière de recherche sont largement applicables
Au moment de ma première rencontre avec Impact Canada, mon expérience en recherche appliquée était plutôt limitée et les possibilités proposées par l’équipe semblaient presque trop belles pour être vraies — elles étaient novatrices, multidisciplinaires et opportunes et me permettraient d’atteindre un objectif à long terme consistant à combiner la recherche et la pratique. Qui plus est, j’étais sur le point de terminer mon doctorat et je me suis senti incroyablement choyé de passer directement de l’université à un poste de Fellow en sciences du comportement au sein d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). Inutile de dire que ma mère n’aurait pas pu être plus fière, et que j’étais emballé par ce nouveau défi. Cependant, lorsque j’ai intégré ces équipes, j’ai appris que je travaillerais avec ECCC pour aider à protéger et à conserver le paysage naturel du Canada afin d’atténuer les effets néfastes des changements climatiques. Aussi passionnante que cette tâche puisse être, je me suis immédiatement senti mal préparé, car elle semblait exiger une solide compréhension des objectifs et politiques de conservation actuels, ainsi qu’une vaste expérience en sciences de l’environnement. Par ailleurs, ma formation et mes connaissances étaient nettement insuffisantes dans ces domaines et je m’étais surtout concentré sur la psychologie de la personnalité et la psychologie légale, ainsi que sur la compréhension des comportements agressifs dans des échantillons d’étudiants de premier cycle.
Heureusement, j’ai été (et je continue d’être) bien soutenu par mes collègues et collaborateurs, car l’équipe centrale d’Impact Canada et celles d’ECCC ont compris les défis de l’adaptation à un nouvel environnement de travail et ont été d’une aide précieuse pour que je m’acclimate. À mesure que j’ai appris à mieux connaître mes différents gestionnaires et membres d’équipe et que je me suis mis à jour sur le sujet, ma confiance est revenue et j’ai commencé à sortir du brouillard de l’intégration. Plus important encore, j’ai reconnu que, malgré la matière étrangère, j’avais quelque chose à offrir et que j’avais des connaissances et des capacités fondamentales que je pouvais apporter dans n’importe quelle situation. En d’autres termes, j’ai dû faire un peu d’introspection positive et me rappeler que je suis un scientifique expérimenté et que, quel que soit le contexte, je sais parfaitement comment appliquer la pensée critique et la rigueur. Cela m’a permis de reconnaître que je sais comment surmonter les obstacles dans le processus de recherche, générer de nouvelles idées et mener un projet du début à la fin.
Cela dit, j’ai aussi appris qu’il n’y a pas de mal à laisser certaines choses derrière soi lorsqu’on s’installe dans un nouvel environnement de recherche. Il est normal de vouloir faire bonne impression, et une excellente façon de le faire est de démontrer les connaissances que l’on a. Je veux dire, qui ne serait pas impressionné par les découvertes sur les prédicteurs différentiels de l’agressivité proactive et réactive, ou la validité ajoutée du modèle à six facteurs de la personnalité? Cependant, j’ai dû mettre de côté certaines de mes connaissances uniques qui n’étaient pas applicables à mon contexte actuel. Au lieu de cela, j’ai décidé de traiter cette transition comme une occasion d’explorer de nouveaux champs de connaissances. Pour beaucoup d’entre nous qui nous livrons à la recherche scientifique, il n’y a pas que la motivation suscitée par notre intérêt pour un sujet particulier, mais également une curiosité naturelle et un amour de l’apprentissage. Le fait de me souvenir de cet intérêt pour l’investigation m’a donné une nouvelle perspective sur mon travail et m’a permis d’embrasser diverses façons de comprendre et de mener des recherches avec différents collaborateurs avec lesquels je n’aurais peut-être pas interagi autrement.
Accueillir de nouveaux défis
En réfléchissant à mon expérience, je me rappelle aussi l’importance d’accepter de nouveaux défis. Mon développement personnel dans divers domaines de compétences a été agréablement surprenant, et principalement un sous-produit de l’environnement du secteur appliqué. Contrairement à mes expériences dans le domaine de la communication universitaire, où les autres connaissent la valeur de la science et de la recherche, j’ai dû communiquer l’objectif de la recherche et transmettre efficacement des idées à des publics qui, parfois, ne savaient rien de moi ou des travaux que j’espérais mener. L’équilibre entre mon propre manque de connaissances dans le domaine de la conservation des terres et le fait d’essayer d’avoir les apparences d’un praticien averti a encore compliqué ces efforts. Malgré tout, ces expériences m’ont donné l’occasion de travailler avec des personnes passionnées, qui sont ravies d’associer leurs connaissances et leur expertise aux miennes. Le fait de travailler dur pour établir et renforcer ces relations m’a permis d’améliorer mes compétences en matière de relations humaines et de communication.
Plus important encore, en naviguant dans mon nouvel espace de travail, j’ai commencé à reconnaître et à accepter que j’allais faire des erreurs. En effet, j’ai vécu de nombreuses expériences au cours de l’année écoulée où j’ai eu le sentiment que j’aurais pu expliquer les choses plus clairement ou que j’ai eu du mal à démontrer la valeur d’un plan ou d’une idée. Bien que je me sois parfois senti embarrassé ou hébété, j’ai fait de mon mieux pour empêcher le doute de s’installer et pour reconnaître que tout cela faisait partie du processus — au fil de chaque conversation, présentation et courriel envoyé, je devenais plus efficace en tant que scientifique du monde réel.
Un jour, il se peut que je retourne à mes racines de recherche et que j’évalue à nouveau la personnalité déviante. Cependant, cette expérience m’a appris à apprécier le processus de recherche, quel que soit le sujet sur lequel il porte, et à continuer d’accepter de nouveaux défis de recherche. J’espère que mes réflexions sont valables et encourageantes pour les lecteurs; bien que cette transition du monde universitaire vers le service public soit un processus continu, elle a été incroyablement gratifiante et m’a beaucoup appris sur moi-même.