Trouver l’aisance dans l’incertitude
Voyager vers les inconnues de l’innovation
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Enfant, je me souviens avoir rêvé de pouvoir prédire l’avenir. Avec un don de clairvoyance, n’importe quel examen aurait été dans la poche et j’aurais pu remporter le gros lot à volonté. À l’époque, je n’avais pas réalisé que la clairvoyance n’est pas un superpouvoir utile pour les rêveurs et les pionniers. Au contraire, tirer parti de l’incertitude au travail, comme dans la vie, permet de stimuler la créativité. J’ai clairement pu le vérifier au cours de l’année que je viens de passer en tant que Fellow des Défis à Impact Canada. Mais qu’est-ce que l’incertitude exactement, et de quelle manière pouvons-nous l’utiliser pour innover?
L’incertitude décrit une situation que l’on comprend bien et dont on comprend les causes et l’incidence quoiqu’il n’existe aucune tendance ni aucun modèle permettant d’en prédire l’évolution. Plus l’incertitude est grande, plus les « futurs possibles » sont nombreux. Ces futurs peuvent s’avérer favorables ou défavorables.
Récemment, c’est la pandémie de COVID-19 qui nous a montré que de l’incertitude nait la créativité. Il était impératif de trouver des solutions afin de protéger la population et de permettre au monde de continuer à tourner sans savoir de quelle manière la pandémie allait évoluer. Nombreuses étaient les personnes et les entreprises à devoir trouver la flexibilité nécessaire pour faire face à un avenir imprévisible pour leur travail, leurs outils ou leurs services. Même dans les secteurs où le changement est habituellement lent en raison d’une planification poussée et du besoin de certitude, des solutions nouvelles ont émergé rapidement pour répondre à l’imprévisibilité du contexte. Par exemple, dans de nombreuses régions du Canada, le secteur des soins de santé a mis l’accent sur le maintien de faibles taux de cas de COVID-19, mais a exigé la flexibilité nécessaire pour explorer les moyens d’y parvenir à mesure que la pandémie évoluait. L’expérience a débouché sur de nouveaux modèles de soins, des outils numériques et des services de santé qui continuent tous à se développer pour d’autres secteurs de la santé, et ce, avec le concours d’acteurs habituellement étrangers au domaine. Voilà un exemple parfait du pouvoir de l’incertitude : l’embrasser ne signifie pas que l’on manque de direction et qu’on accepte tous les états futurs potentiels. L’embrasser signifie plutôt que l’on adopte une orientation très claire en direction d’un sous-ensemble de ces états futurs où un problème clairement identifié est résolu, un objectif précis est atteint.
Si tous les chemins mènent à Rome, il est toutefois possible que vous ne sachiez simplement pas lequel emprunter.
Les conditions à réunir pour mettre l’incertitude au service de l’innovation
Même les gens les plus créatifs du monde ont besoin d’un point de mire à partir duquel bâtir la perspective de leurs idées. De la même façon, les défis, comme ceux lancés par Impact Canada, sont un point de mire pour susciter des concours ouverts axés sur l’innovation. On distribue des fonds sous forme de prix à un vaste éventail de gens novateurs en définissant des ensembles de critères et d’exigences précis pour orienter l’exploration de nombreuses possibilités (parfois non traditionnelles) qui permettront de produire certains résultats et d’atteindre les états futurs visés. J’ai eu la chance d’appuyer l’élaboration du plus récent défi d’Impact Canada, le Défi axé sur la prévention du diabète de type 2 (DPDT2), lancé par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC). Après une étape de recherches et de consultations approfondies qui a permis de recueillir des conseils d’experts et des témoignages ainsi que des données permettant d’identifier les résultats les plus prometteurs pour le Canada, l’objectif du DPDT2 a été précisé pour concentrer l’effort sur la recherche de moyens d’éliminer les obstacles sanitaires et sociaux tenaces qui font augmenter le risque de diabète de type 2. Ces obstacles diffèrent d’une collectivité à l’autre au Canada; il ne s’agit donc pas de résoudre un problème global, mais bien de s’attaquer aux problèmes de chacune des collectivités. Comme résultat, une approche de type Grands Défis est employée pour amener les innovateurs à intégrer les principes des défis afin de miser sur les forces de chacune des collectivités dans les moyens pris pour prévenir le diabète de type 2 (comme de lutter contre la stigmatisation ou de centrer davantage les soins sur la personne). Cela permet aux innovateurs de proposer de nouvelles approches préventives ou axées sur l’adaptation de solutions existantes pour atteindre l’objectif du Défi.
Il importe de définir le succès quand on navigue dans l’incertitude. Les défis fixent des objectifs assez vastes pour que les innovateurs s’adaptent à la situation au fur et à mesure que leur approche ou leur solution se précise, mais assez clairs pour assurer l’atteinte du résultat visé. De plus, les défis accordent souvent du soutien autre que financier pour accélérer la transformation des idées en solutions novatrices, ce qui insuffle aux participants encore plus d’élan sur la voie de la réussite. Tant l’organisme de financement que les innovateurs doivent embrasser l’incertitude, être ouverts à une multitude de possibilités, de rebondissements et d’idées. Ils travaillent pour créer un avenir meilleur, pas un avenir soigneusement calculé. Il s’agit d’une approche qui permet de quitter les sentiers battus qui ne produisent que des résultats et des idées prévisibles, sans rien pouvoir contre les problèmes tenaces.
Un problème bien défini est à moitié résolu
— Charles Kettering.
L’incertitude n’est pas synonyme d’affaire risquée
Accueillir l’incertitude, ce n’est pas accepter le risque, qui est la possibilité d’une perte et qui est mesurable, contrairement à l’incertitude. Innover signifie de limiter les pertes tout en explorant l’incertitude et en la mettant à l’épreuve. Les défis proposent comme cadre aux innovateurs des objectifs et des paramètres soigneusement réfléchis. Les risques sont donc limités à l’heure de mettre à l’essai les solutions possibles pour atteindre un but, et il est facile de se tourner vers une solution qui a fait ses preuves. Ainsi, on réunit les conditions d’une approche expérimentale du type « rien à perdre », qui mise sur des possibilités non vérifiées dans l’espoir de produire d’énormes avantages. Par exemple, à toutes les étapes du DPDT2, l’ASPC, les innovateurs et, en fin de compte, les collectivités du Canada tireront des bienfaits du partage d’idées et de l’exploration de différentes façons de prévenir le diabète de type 2. Parmi ces bienfaits, mentionnons la création de partenariats et de possibilités de collaboration, l’intervention de nouvelles organisations dans la prévention du diabète et l’établissement de méthodes communes pour comprendre et mesurer ce qui nous place à risque d’acquérir le diabète de type 2, et réagir. Les initiatives comme les défis éliminent le risque associé au fait de se tenir loin de la reproduction des succès connus au détriment de laquelle limite l’exploration créative.
L’incertitude est la seule certitude, et savoir comment vivre avec l’insécurité est la seule sécurité
- John Allen Paulos
L’inconnu ne doit pas nécessairement faire peur
Oui, travailler avec présence de l’incertitude peut faire peur, mais ce n’est pas une fatalité. Je suis absolument certain de n’avoir aucune certitude quant à mon avenir, mais je n’ai pas peur. En fait, quand j’entends parler d’« assurer la pérennité », j’aime concevoir la chose comme d’orienter uniquement mon travail vers les aspects du futur idéal qui permettent l’atteinte de nos objectifs. Tout le reste s’ajustera, même si nous ne savons pas du tout comment. Croyez-moi, je n’ai toujours pas le don de clairvoyance, mais je compense largement par la créativité.