L’amour n’est pas aveugle
Pourquoi nous recherchons les imperfections dans l’innovation
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Quel est le rapport avec l’amour?
Nous sommes tous passés par là : vous êtes prêt à ce que le monde découvre l’idée révolutionnaire qui vous obsède et qui peut créer des changements positifs pour le plus grand nombre. Un feu brûle dans votre estomac et votre cœur bat la chamade parce que l’idée dont vous êtes tombé amoureux est sur le point de devenir réalité. Cependant, une fois que vous en parlez, d’autres personnes peuvent trouver que l’idée n’est pas si bonne — elles peuvent même vous dire qu’elle ne marchera jamais. Aïe!
En tant que fellow en défis et prix d’Impact Canada, j’ai travaillé avec l’Agence de la santé publique du Canada pour concevoir et lancer le Défi axé sur la prévention du diabète de type 2. Lorsque j’ai présenté la première version du prototype de ce défi auprès d’experts en prévention des maladies chroniques, leurs commentaires ont mis en évidence les points qui fragiliseraient mon concept (que j’avais passé d’innombrables heures à créer) et le feraient échouer, m’éclairant sur des « inconnues » que je n’avais pas encore détectées. Solliciter ces critiques de la part de personnes concernées par le problème et d’autorités en matière de prévention du diabète constituait un élément extrêmement important de l’utilisation de l’innovation en tant que processus de résolution des problèmes. Cette démarche a permis de rajuster la conception du défi de manière à ce qu’il permette aux innovateurs d’avoir le plus grand effet possible sur la prévention du diabète de type 2 au Canada. Tout au long de ce processus, j’ai régulièrement fait attention à mes préjugés pour m’assurer que je n’ignorais pas les lacunes que d’autres personnes avaient décelées dans le but de voir ma propre idée prospérer. Certains qualifient de « syndrome du bébé laid » la tendance consistant à tomber amoureux de son idée ou de son innovation, à croire qu’elle est parfaite à tous points de vue et à penser qu’elle suivra la voie tracée sans nécessiter aucun changement.
En réalité, que vous créiez un prix et défi, que vous posiez votre candidature en tant qu’innovateur ou que vous pensiez avoir trouvé une percée, aucune idée n’est parfaite au départ. Il s’avère nécessaire de nourrir son idée pour combler ses lacunes et en faire quelque chose de magnifique. Pour réduire le risque de créer quelque chose que personne n’a demandé ou dont personne ne veut, les pionniers prennent le temps de nourrir leur idée pour l’améliorer, voire la modifier radicalement, plutôt que d’en faire des éloges injustifiés. Le processus consistant à mettre son idée à l’essai pour voir où il faut investir encore plus de temps et d’énergie en plus des innombrables efforts déjà consentis est une douleur croissante qui transforme l’idée en quelque chose de significatif pour un plus grand nombre de personnes.
J’ai découvert, par une expérience douloureuse, que le pas le plus important qu’une [personne] puisse faire est toujours le suivant.
— Brandon Sanderson
Il faut avoir la foi
Les prix et défis organisés en partenariat avec Impact Canada utilisent un processus par étapes pour créer un environnement et un calendrier permettant aux innovateurs de mettre à l’essai et d’affiner continuellement leur idée. Ce processus sert d’échafaudage aux idées pour atteindre des résultats partiels liés à un objectif du défi, et permet aux idées les plus prometteuses de passer aux étapes suivantes. À chaque étape du défi, les innovateurs ont accès à des prix monétaires et à des mesures de soutien non financier qui leur permettent de transformer leur innovation en une version plus efficace de leur idée initiale. Même les critères d’évaluation du défi concentrent les efforts des innovateurs (en fonction des progrès réalisés à chaque étape ultérieure) pour solliciter de la rétroaction, y répondre et revoir leur travail, si nécessaire, de manière à apporter la plus grande valeur ajoutée aux solutions. La participation à un prix et défi aide les innovateurs à développer leur idée.
La créativité consiste à imaginer de nouvelles choses. L’innovation consiste à faire de nouvelles choses
— Theodore Levitt
Ne cessez pas de croire
Selon moi, aimer son idée signifie de s’assurer qu’elle a toutes les chances de devenir la meilleure version d’elle-même. Cet état d’esprit ne signifie pas qu’il faut laisser les autres prendre le contrôle, mais qu’il faut avoir la confiance nécessaire pour synthétiser tous les commentaires reçus avec sa propre expertise afin d’améliorer l’idée. Le réexamen constant de la valeur créée par l’idée et des personnes qui en bénéficient sont des éléments importants de ce processus de réflexion utilisé dans le cadre d’un défi d’Impact Canada. Durant la définition du problème, au cours d’une phase de compréhension, la question de savoir si un défi représente la bonne méthode pour résoudre le problème est un mantra qui garantit que le pouvoir de l’innovation pour débloquer les problèmes persistants est réellement exploité. Par exemple, nous devons nous assurer que les solutions au problème posé bénéficient de l’ouverture à un plus grand nombre d’innovateurs, qu’un défi accélère effectivement les progrès, que les résultats peuvent être mesurés et que les solutions peuvent être adoptées ou transposées à plus grande échelle une fois le défi terminé. Pendant les phases de conception et de mise à l’essai, au cours desquelles la structure du défi prend forme et est affinée, il est important de recueillir les voix, les opinions et la rétroaction de nombreuses personnes pour éviter les lacunes découlant des angles morts et de la pensée de groupe, en équilibrant les tensions délicates liées aux résultats qui seront obtenus. Voici un petit échantillon des tensions que j’ai rencontrées :
- La conception et les résultats profitent-ils de manière significative à un petit groupe ou ont-ils une incidence plus large mais moins importante pour de nombreuses personnes?
- S’agit-il d’un nouvel outil, d’une nouvelle technologie ou d’un nouveau processus qui présente un avantage pour certains, mais qui crée un fossé pour d’autres?
- Jouera-t-il sur la dépendance à l’égard du chemin parcouru ou facilitera-t-il la sortie du moule?
- Crée-t-il une amélioration sociale ou un développement économique?
L’examen constant de ces questions permet à toute idée (ou à tout défi visant à faire émerger des idées) de continuer à se perfectionner et permet de lui donner les conditions nécessaires à sa croissance. Ainsi, aimer son idée, c’est ne pas être aveugle à ses imperfections. Cela signifie qu’il faut faire confiance à un processus de réflexion dans lequel même l’idée la plus imparfaite a un énorme potentiel à révéler — c’est ce potentiel qui peut conduire à une percée susceptible de créer un changement profond.