Rapport

Comprendre les obstacles et les facteurs déterminants de l’adoption de comportements de prévention des piqûres de tiques chez les visiteurs des parcs canadiens

Bureau des sciences comportementales (BSC) | Agence de la santé publique du Canada (ASPC)
Division des zoonoses, Agence de la santé publique du Canada
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Deux personnes se promenant dans un parc boisé avec un panneau affichant une coche.

Points importants

  • Les communications devraient viser à accroître l’adoption de mesures précises de prévention des piqûres de tiques (c.-à-d. celles prises précisément pour prévenir les piqûres d’insectes, plutôt que de servir à une double fonction), comme vérifier la présence de tiques sur tout le corps. Ces mesures sont plus efficaces, mais utilisées moins fréquemment que les mesures générales (c.‑à‑d. les mesures qui servent à une double fonction), comme le port de chaussures fermées.
  • Les connaissances autodéclarées sur les tiques et les maladies transmises par les tiques constituent l’un des principaux indicateurs prévisionnels du comportement de prévention des piqûres de tiques, ce qui fait ressortir la nécessité de maintenir les activités de sensibilisation au risque de piqûres de tiques à l’extérieur.
  • Les visiteurs du parc qui déclarent avoir plus de difficulté à planifier ont tendance à adopter moins fréquemment des comportements de prévention des piqûres de tiques, ce qui suggère que des messages opportuns (p. ex. des alertes à l’arrivée dans un parc ou à la guérite de stationnement) peuvent être une solution efficace et peu coûteuse.
  • Les normes sociales perçues sont le meilleur indicateur prévisionnel des comportements de prévention des piqûres de tiques. Le renforcement des normes sociales explicites (p. ex. panneau indiquant de rester sur les sentiers) ou l’accent sur les normes sociales dynamiques (p. ex. combien de Canadiens de plus ont pris des mesures cette année par rapport à l’an dernier) pourrait contribuer à stimuler l’adoption des mesures.
  • LLes travailleurs de la santé et les pharmaciens sont des sources fiables d’information sur les tiques et les maladies transmises par les tiques, ce qui suggère qu’ils devraient être mis à contribution pour les communications au sujet des tiques et des maladies transmises par les tiques.

Contexte

Les parcs et les espaces naturels ont gagné en popularité au cours des dernières années (Eykelbosh et Chow, 2022; PRAAC Vague 6 , 2022) car bon nombre de personnes reconnaissent les avantages qu’ils procurent sur les plans physique et psychologique (Crouse et coll., 2021; Lemieux et coll., 2015; Reining et coll., 2021) et leur contribution à la résilience aux changements climatiques (p. ex. amélioration de la qualité de l’air, atténuation des inondations). Bien que les Canadiens passent plus de temps dans les espaces naturels, leurs collectivités se sont également concentrées sur le développement d’infrastructures vertes en zone urbaine afin de maximiser les avantages pour la santé et le climat. Compte tenu de ses contacts croissants avec la nature, il est important que la population canadienne comprenne les risques qui s’y trouvent et prenne des mesures de protection afin de pouvoir en profiter en toute sécurité.

Notamment, les changements climatiques entraînent une hausse des températures et une réduction de la durée de l’hiver, une augmentation de la survie, de l’aire de répartition et de l’abondance des tiques et une accentuation de la propagation des maladies infectieuses transmises par les tiques au Canada (Gage et coll., 2008; Ogden et coll., 2009). Par exemple, l’incidence annuelle nationale de la maladie de Lyme a considérablement augmenté au cours des dernières années – atteignant 2 634 cas enregistrés en 2019 (Gasmi et coll., 2022) – et il s’agit de la maladie à transmission vectorielle la plus répandue dans les régions tempérées (Githeko et coll., 2000). Les efforts visant à atténuer l’exposition humaine et l’infection sont donc essentiels pour gérer efficacement le risque de maladie pour la population canadienne. L’une des façons d’atteindre cet objectif est de donner aux personnes les moyens de prendre des mesures préventives personnelles qui réduisent le risque de piqûres de tiques ou de transmission de maladies.

Les interventions antérieures visant à accroître l’adoption des mesures de prévention des maladies infectieuses (p. ex. l’utilisation de répulsifs et de vêtements de protection) ont principalement été de nature éducative (Coderre-Ball et coll., 2021; Mowbray et coll., 2012), et des recherches sur l’opinion publique ont démontré que les Canadiens et Canadiennes possèdent généralement des niveaux élevés de sensibilisation et de connaissance à ce sujet. Par exemple, 89 % des répondants ont déclaré avoir entendu parler de la maladie de Lyme, 67 % ont indiqué à juste titre que les tiques se trouvent dans leur région, 91 % ont reconnu que les activités en plein air les exposent à un risque de piqûre de tique et 60 % ont déclaré savoir comment se protéger contre les piqûres de tiques. Les taux d’utilisation des mesures de prévention sont toutefois beaucoup plus faibles (Aenishaenslin et coll., 2017; Brady et coll., 2022), ce qui indique qu’il existe d’autres obstacles qui ont créé un écart persistant entre les connaissances et la sensibilisation et les mesures de prévention.

Le Bureau des sciences comportementales et le Programme de maladies infectieuses et de changements climatiques de l’Agence de la santé publique du Canada ainsi qu’Impact Canada (au sein du Bureau du Conseil privé) ont donc mené un sondage en ligne sur les obstacles et les facteurs liés à la prévention des piqûres de tiques afin de mieux comprendre comment donner les moyens aux visiteurs des parcs canadiens de prendre des mesures pour se protéger et protéger leur famille lorsqu’ils sont en plein air.

Méthodologie

Le sondage a été mené en février et mars 2024 auprès d’un échantillon de 3 171 visiteurs de parcs canadiens en utilisant Qualtrics - une plateforme de sondage en ligne qui recrute les participants à partir des bassins existants de participants qui ont accepté d’être contactés pour des projets de recherche. Les seuls répondants autorisés étaient les personnes âgées de 18 ans ou plus vivant au Canada et ayant visité un parc ou un espace naturel au moins trois fois au cours de la dernière saison des tiques (d’avril à octobre 2023) pour pratiquer au moins l’une des activités de plein air suivantes : randonnée, promenades en nature, course à pied ou jogging, camping, vélo de montagne, golf, observation des oiseaux ou pêche (depuis la berge; voir la figure 1). Aux fins de ce sondage, on entend par « un parc ou un espace naturel » tout espace vert urbain, toute forêt privée, tout sentier de randonnée, tout parc communautaire ou municipal ou toute terre de la Couronne, et pas nécessairement un parc national ou provincial. Parmi les trois types de parcs officiels examinés (c.‑à‑d. nationaux, provinciaux ou territoriaux et municipaux), les parcs municipaux étaient les plus populaires, car 75 % des répondants ont déclaré avoir visité un parc municipal au cours de la dernière année.

Plus de la moitié (56 %) des répondants ont déclaré vivre dans un grand centre urbain (c.-à-d. 100 000 habitants et plus), et 69 % ont été classés comme résidant dans une région à risque élevé en fonction de leur code postal (plus précisément, leur région de tri d’acheminement) et des données de surveillance de la maladie de Lyme pour 2023). Différentes fourchettes d’âges de répondants étaient également représentées : 18-34 ans (26 %), 35-54 ans (36 %), 55-64 ans (15 %) et 65 ans et plus (23 %). Un peu plus de la moitié (53 %) des répondants se sont identifiés comme des femmes, 46 % comme des hommes et 0,4 % ont choisi une autre identité de genre. De plus, 18 % se sont identifiés comme membres d’une minorité visible, 11 % comme une personne en situation de handicap et 5 % comme un Autochtone (4 % membres des Premières Nations, 2 % Métis et 0,2 % Inuk).

Le sondage comprenait également un suréchantillon de 1 143 parents. Au moment du sondage, 32 % des parents répondants avaient au moins un enfant de moins de 6 ans, 45 % avaient au moins un enfant entre 6 et 11 ans et 40 % avaient au moins un enfant entre 12 et 17 ans. Environ la moitié des parents répondants (51 %) se sont identifiés comme des hommes, et la majorité ont été catégorisés comme résidant dans une zone à risque élevé pour les tiques (71 %). D’avril à octobre 2023, la plupart des parents (71 %) ont visité un parc ou un espace naturel avec leurs enfants.

Tous les répondants au sondage ont reçu une liste des comportements recommandés pour la prévention des piqûres de tiques et on leur a demandé d’indiquer la fréquence à laquelle ils avaient utilisé chaque mesure lorsqu’ils visitaient des parcs ou des espaces naturels d’avril à octobre de l’année précédente. On a également demandé aux répondants d’indiquer une série de facteurs et d’obstacles à leur comportement de prévention des piqûres de tiques, comme leurs connaissances subjectives et objectives, leurs difficultés de planification, leurs perceptions des normes sociales, leurs contraintes en matière de ressources et leurs perceptions en matière d’efficacité. Ces obstacles et ces facteurs ont été organisés selon le COM-B Model, qui est un cadre de changement de comportement. Le modèle COM-B indique que les facteurs suivants influent sur le comportement (B) : la Capacité (la capacité physique et psychologique d’une personne à adopter un comportement), l’Occasion (l’environnement et les facteurs externes qui permettent un comportement) et la Motivation (les processus cognitifs internes qui déterminent le comportement à un moment donné).

Constatations

Les comportements particuliers de prévention des tiques sont moins fréquents que les comportements généraux

Dans l’ensemble, les répondants ont déclaré avoir utilisé une gamme de mesures de prévention pour se protéger des piqûres de tiques lorsqu’ils visitaient des parcs ou des espaces naturels pendant la saison des tiques. Comme le montrent les figures 2 et 3, les trois mesures les plus fréquentes étaient le port de chaussures fermées (83 % l’utilisent « souvent » ou « toujours »), la marche uniquement sur des chemins dégagés ou des sentiers (79 %) et la prise d’une douche ou d’un bain au retour de l’extérieur (62 %). Les trois mesures les moins fréquentes consistaient à porter des vêtements traités à la perméthrine (17 %), à mettre des vêtements dans une sécheuse à haute température (33 %) et à rentrer le pantalon dans les chaussettes (35 %).

Les répondants étaient plus susceptibles d’adopter des comportements généraux de prévention des piqûres de tiques (c.-à-d. des mesures qui remplissent une double fonction, comme le port d’un chapeau ou de vêtements à manches longues) que des comportements particuliers de prévention (c.-à-d. des mesures qui sont intentionnellement prises dans le but de prévenir les piqûres d’insectes et les maladies infectieuses, plutôt que de servir à une double fonction).

Les parents déclarent également utiliser moins fréquemment des comportements particuliers de prévention des piqûres de tiques que des mesures générales pour protéger leurs enfants

Les parents répondants ont également déclaré avoir utilisé une gamme de mesures préventives pour protéger leurs enfants lorsqu’ils visitaient des parcs ou des espaces naturels. Parmi les trois mesures les plus fréquentes, mentionnons faire porter à leurs enfants des chaussures fermées (78 %), s’assurer que leurs enfants portent un chapeau (72 %) et s’assurer que leurs enfants couvrent la peau exposée (64 %). Les trois réponses les moins fréquentes étaient de mettre les vêtements de leurs enfants dans une sécheuse à haute température (42 %), de rentrer le pantalon de leurs enfants dans leurs chaussettes (49 %) et d’habiller leurs enfants avec des vêtements de couleur claire (51 %; voir les figures 4 et 5). À l’instar des visiteurs du parc en général, les parents répondants ont déclaré une plus grande adoption de comportements particuliers de prévention contre les piqûres de tiques que de comportements généraux.

Les problèmes autodéclarés en matière de connaissances et de planification sont associés à une adoption réduite de comportements de prévention des tiques

Les répondants ont évalué leur niveau de connaissance des tiques et des maladies transmises par les tiques sur une échelle de 7 points. Dans l’ensemble, 47 % ont indiqué avoir des connaissances subjectives élevées (c.-à-d. une note de 5 à 7), tandis que 28 % ont indiqué avoir des connaissances subjectives faibles (c.-à-d. une note de 1 à 3). Il convient de souligner que les répondants qui se sont dits peu informés sur les tiques et les maladies transmises par les tiques étaient moins susceptibles de prendre fréquemment des mesures de prévention (voir la figure 6).

Nous avons également examiné la sensibilisation des répondants au risque de maladie de Lyme dans leur province ou territoire. Dans l’ensemble, 32 % des répondants n’étaient pas certains du niveau de risque dans leur province ou territoire et, parmi ceux qui ont indiqué connaître leur niveau de risque (c.-à-d. ceux qui ont choisi un niveau de risque; n = 2 149), seulement 46 % avaient fourni une évaluation exacte. Parmi toutes les régions, la région de l’Atlantique comptait une plus faible proportion de répondants ayant fourni une réponse exacte, suivie des Prairies et de la Colombie-Britannique.

Un autre facteur qui peut avoir une incidence sur le comportement de prévention des piqûres de tiques est la capacité de planification des personnes. Étant donné que plusieurs comportements de prévention des piqûres de tiques nécessitent de l’équipement ou des vêtements particuliers (p. ex. insectifuge, vêtements à manches longues) ou doivent être adoptés à un moment précis (c.-à-d. lorsqu’on revient de l’extérieur), il est important que les visiteurs du parc soient en mesure de planifier. Par conséquent, on a demandé aux répondants d’évaluer leur accord avec deux énoncés – l’un évaluant la difficulté de se préparer pour les activités en plein air et l’autre évaluant la difficulté de prendre des mesures de prévention après avoir été à l’extérieur. Environ le tiers des répondants (36 %) ont mentionné qu’ils avaient des difficultés à se préparer aux activités extérieures, tandis que 42 % ont reconnu qu’ils avaient des difficultés à prendre des mesures de prévention après avoir été à l’extérieur.

En moyenne, les répondants sous-estiment le pourcentage d’autres visiteurs du parc qui prennent des mesures pour se protéger des piqûres de tiques et des maladies transmises par les tiques

De nombreuses enquêtes ont montré que les gens sont particulièrement influencés par leur contexte social et leur perception des normes sociales. Les normes sociales sont des attentes collectives ou des règles de comportement au sein d’un groupe qui peuvent être explicites (p. ex. un panneau demandant de rester sur un sentier) ou implicites (p. ex. constater que la plupart des visiteurs du parc restent sur le sentier). Dans notre sondage, les répondants ont évalué leur niveau d’accord avec deux énoncés sur les normes sociales : le premier portait sur les normes descriptives (c.-à-d. la perception du comportement de prévention des piqûres de tiques d’autrui) et le second sur les normes injonctives (c.-à-d. la perception de l’approbation ou de la désapprobation par les autres du comportement de prévention des piqûres de tiques). En réponse à l’énoncé sur les normes descriptives, 44 % des répondants étaient d’accord pour dire que la plupart de leurs amis et de leur famille prennent des mesures pour se protéger, tandis que 29 % étaient en désaccord. En réponse à l’énoncé sur les normes injonctives, 51 % des répondants étaient d’accord pour dire que leurs proches s’attendent généralement à ce qu’ils prennent des mesures pour se protéger, alors que seulement 21 % étaient en désaccord. Il convient de souligner que les répondants qui prennent le moins fréquemment des mesures préventives (c.-à-d. « jamais » ou « rarement ») étaient moins susceptibles de percevoir la prévention contre les piqûres de tiques comme une norme généralisée (voir la figure 7).

La perception du consensus social (c.‑à‑d. la perception des croyances des autres et leur adoption de certains comportements) est une autre influence sociale importante qui s’exerce sur le comportement. Par exemple, lorsqu’on leur a demandé d’estimer le pourcentage de Canadiens qui ont pris des mesures préventives pour se protéger des tiques et des maladies transmises par les tiques entre avril et octobre de l’année dernière, l’estimation moyenne des répondants au sondage était de 32,4 % (écart-type = 21,7 %). Ce taux perçu de comportement de prévention des piqûres de tiques est beaucoup plus faible que le taux réel d’adoption. Lorsqu’on a d’abord demandé aux répondants s’ils avaient pris des mesures préventives contre les tiques et les maladies transmises par les tiques au cours de la dernière année, 50 % ont répondu « souvent » ou « toujours » en utilisant au moins une mesure de prévention particulière, tandis que les taux pour les mesures générales étaient encore plus élevés.

L’adoption des comportements de prévention des piqûres de tiques est limitée par des facteurs externes, comme la disponibilité, les coûts et la surabondance des choix

En plus de l’environnement social, le comportement de prévention des piqûres de tiques peut être influencé par des facteurs externes ou des rappels dans l’environnement physique. Par exemple, 36 % des répondants ont déclaré que l’équipement approprié est difficile à trouver ou qu’il n’est pas disponible dans leur région, 36 % ont déclaré que l’équipement approprié est trop cher et 57 % ont déclaré qu’il fait souvent trop chaud à l’extérieur pour porter des vêtements de protection dans les parcs. De plus, le tiers des répondants ont indiqué une surabondance de choix (36 %) ou l’impression qu’il y a trop de stratégies de prévention pour toutes les adopter. Malheureusement, la surabondance de choix peut entraîner une paralysie à cet égard, car un excès de solutions pourrait dissuader les gens d’adopter la moindre mesure préventive.

La plupart des répondants font confiance au gouvernement du Canada comme source d’information sur les tiques et les maladies transmises par les tiques

Un autre facteur qui peut avoir une incidence sur l’adoption du comportement de prévention des piqûres de tiques est le niveau de confiance que l’on éprouve à l’égard de la source des mises en garde sur les tiques et les maladies transmises par les tiques. On a demandé aux répondants d’évaluer dans quelle mesure ils font confiance à une gamme de sources d’information sur ce sujet, et bien que les professionnels de la santé (89 %) et les pharmaciens (87 %) soient les sources les plus fiables d’information sur les tiques et les maladies transmises par les tiques, 78 % des répondants ont également déclaré faire confiance au gouvernement du Canada comme source d’information sur les tiques et les maladies transmises par les tiques. En revanche, les sources des médias sociaux, comme TikTok (taux de méfiance de 53 %) et Twitter/X (taux de méfiance de 47 %), ont suscité la méfiance chez un plus grand nombre de répondants que la confiance, soulignant que l’origine du message est importante.

La plupart des répondants se sentent capables de prendre des mesures préventives

Pour adopter un comportement de prévention des piqûres de tiques, il faut également se sentir capable de le concrétiser (c.-à-d. avoir une autoefficacité). En particulier, lorsqu’on a demandé aux répondants à quel point ils se sentaient capables de se protéger contre les tiques et les maladies transmises par les tiques lorsqu’ils visitaient des parcs, seulement 10 % ont déclaré se sentir incapables. Toutefois, les personnes qui ont déclaré prendre des mesures de prévention moins fréquemment affichaient des cotes d’autoefficacité beaucoup plus faibles que celles qui ont déclaré prendre des mesures plus fréquemment (voir la figure 8).

Les normes sociales perçues et les connaissances subjectives ont les plus grandes répercussions uniques sur la fréquence des mesures de prévention contre les tiques

Nous avons exploré les données à l’aide d’un modèle de régression linéaire multivariable pour déterminer les facteurs ayant les plus grandes répercussions uniques sur la fréquence de l’adoption de comportements de prévention des piqûres de tiques (c.-à-d. qu’un score moyen de fréquence a été calculé en combinant les cotes de fréquence pour tous les comportements particuliers et généraux de prévention des piqûres de tiques). Ce modèle (voir la figure 9), comportant 10 obstacles ou facteurs, représentait 41 % des différences observées dans la prévention des piqûres de tiques. Les principaux indicateurs prévisionnels positifs de notre modèle étaient les normes sociales perçues et les connaissances subjectives. Plus particulièrement, plus les répondants percevaient les mesures de prévention contre les tiques comme un choix socialement normatif, et plus leur connaissance subjective des tiques et des maladies transmises par les tiques était grande, plus ils adoptaient eux-mêmes des comportements de prévention des piqûres de tiques.

Figure 9. Régression multivariable déterminant les principaux facteurs qui influent sur la fréquence à laquelle les gens adoptent des comportements de prévention des piqûres de tiques.

Version texte

Figure 9. Un diagramme en forêt illustrant l'association entre divers facteurs psychologiques et situationnels et la fréquence d'utilisation des mesures de prévention contre les tiques. L’axe des x représente la taille de l'effet (B), variant approximativement de -0,2 à 0,4. Une ligne verticale rouge à 0 indique l'absence d'effet. L’axe des y répertorie les facteurs regroupés en trois catégories : Capacité (fond vert), Opportunité (fond rose) et Motivation (fond bleu). Chaque facteur est accompagné d'une barre horizontale représentant l'intervalle de confiance.

Les perceptions des normes sociales (B = 0,347, IC à 95 % [0,32, 0,374]), les connaissances subjectives (B = 0,14, IC à 95 % [0,122, 0,158]) et les contraintes liées aux ressources (B = 0,094, IC à 95 % [0,066, 0,122]) montrent les associations positives les plus fortes, tandis que les difficultés de planification (B = -0,057, IC à 95 % [-0,084, -0,029]) montrent une association négative.

Discussion et prochaines étapes

Cette étude a révélé que de nombreux visiteurs des parcs canadiens ne prennent pas systématiquement des mesures de prévention des tiques, notamment les mesures particulières qui sont les plus efficaces (p. ex. application d’insectifuge synthétique, contrôle des tiques). Heureusement, les résultats du sondage mettent également en lumière les possibilités d’avoir recours aux principes des sciences comportementales pour favoriser l’adoption de comportements de prévention.

Pour souligner l’importance de la prévention des maladies transmises par les tiques et renforcer les connaissances subjectives sur les tiques, il est préférable de faire coïncider la communication des risques avec l’ouverture des parcs et de mettre l’accent sur les risques locaux. Par exemple, rendre cette information plus visible dans les parcs locaux favoriserait l’apprentissage passif chez les visiteurs, ce qui contribuerait à accroître la sensibilisation globale. De même, pour remédier aux difficultés de planification, des rappels en temps opportun – comme des messages à l’arrivée dans un parc ou à la guérite de stationnement, des renseignements sur les tiques inscrits sur les articles remis dans les parcs (p. ex. reçus, laissez-passer de stationnement, cartes) ou des affiches sur les vérifications des tiques à la fin d’un sentier – peuvent être des solutions peu coûteuses, mais efficaces.

Pour éliminer les obstacles liés aux ressources, des outils de prévention comme des pinces à tiques pourraient être mis à la disposition des visiteurs dans les parcs, et la communication sur les risques pourrait insister sur les mesures ne nécessitant aucun équipement spécial. De même, pour réduire la surabondance de choix, il est recommandé que la communication sur les risques mette l’accent sur quelques mesures de prévention simples qui sont les plus efficaces (p. ex. le contrôle des tiques) ou organise les mesures de prévention selon leur incidence (p. ex. obligatoires, souhaitables). La mise à profit des stratégies susmentionnées ainsi que des messagers de confiance, comme les professionnels de la santé et les pharmaciens, contribuerait à éliminer les principaux obstacles chez les visiteurs de parcs et notamment les parents accompagnés d’enfants.

Fait important, nous avons constaté que le fait de percevoir la prévention des tiques comme une norme sociale (c.-à-d. ce que font la plupart des autres) est fortement associé à un comportement accru de prévention des tiques. L’utilisation de panneaux qui mettent l’accent sur les signaux sociaux (p. ex. rester sur des sentiers dégagés) ou de messages sociaux qui soulignent que la prévention des tiques est un comportement courant (p. ex. pourcentage de Canadiens ayant pris des mesures de protection pendant qu’ils étaient dans un parc l’an dernier) pourrait être un moyen efficace de surmonter les principaux obstacles comportementaux et d’accroître l’adoption des mesures de prévention contre les tiques chez les personnes particulièrement à risque.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus sur ce projet ou les autres activités de l’équipe de l’Unité de l’impact et de l’innovation, veuillez écrire à iiu-uii@pco-bcp.gc.ca

Ressources connexes

Maladie de Lyme : Ressources de sensibilisation

Tiques – Petites bibittes, gros problèmes!

Avoiding bugs and germs outdoors (en anglais seulement)

Fiches d’information : Tick bite diseases and symptoms attributed to tick bites (en anglais seulement)

Educational Materials on Lyme (en anglais seulement)

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Comprendre les obstacles et les facteurs déterminants de l’adoption de comportements de prévention des piqûres de tiques chez les visiteurs des parcs canadiens

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This publication is also available in English: Understanding barriers and drivers of tick prevention behaviours among Canadian park visitors

ISBN: 978-0-660-76667-6
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