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Prévenir le gaspillage alimentaire : un véritable défi

Mohamed Yassine, Conseiller politique principal
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Poubelle avec de la laitue, du pain, des bananes, des tomates, du jambon et une boîte à œufs à l’intérieur.

Lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé en mars 2020 et que les Canadiens se confinaient pour la première fois, je me suis précipité au supermarché, comme plusieurs de mes concitoyens, pour acheter des aliments essentiels. Il est vrai que le papier hygiénique est vite devenu l’article le plus convoité, mais les produits alimentaires étaient les principaux achats faits en réaction à la panique. La sécurité alimentaire était menacée au Canada : les craintes de perturbations au niveau des chaînes d’approvisionnement mondiales et les achats faits en réaction à la panique ont réduit la quantité de nourriture donnée aux banques alimentaires. Pendant ce temps, des milliers de Canadiens vulnérables avaient perdu leurs revenus et cherchaient de l’aide pour nourrir leur famille.

À ce moment-là, j’étais un Fellow d’Impact Canada au sein d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et j’aidais le Ministère à concevoir un défi portant sur la réduction du gaspillage alimentaire. Inutile de dire que ça aurait pu sembler absurde à ce moment-là de parler de gaspillage alimentaire alors que le pays était aux prises avec un problème d’insécurité alimentaire. Cependant, il est vite devenu évident que le gaspillage alimentaire et la sécurité alimentaire n’étaient que deux faces différentes de la même médaille et qu’il fallait s’attarder sur ces deux éléments pour bâtir un système alimentaire fiable et solide.

En fait, contrairement au papier hygiénique (que certaines personnes ont sûrement encore en quantité industrielle à la maison), les produits alimentaires ont une durée de conservation limitée, et les achats massifs sont la principale cause du gaspillage alimentaire puisque les aliments peuvent se détériorer avant d’être consommés. Néanmoins, le gaspillage alimentaire n’est pas limité au niveau des ménages; il s’agit d’une préoccupation qui touche tous les niveaux de la chaîne de valeur des produits alimentaires, de la ferme à l’assiette. Mais la plupart des déchets alimentaires en amont de la chaîne de valeur (comme les fruits et légumes non récoltés, les récoltes de taille insuffisante ou non standard, les produits meurtris ou endommagés pendant le transport ou la transformation, ou les stocks excédentaires dans le commerce de détail ou la restauration) sont appelés « pertes alimentaires » et sont le plus souvent considérés comme des « pertes commerciales » ou simplement comme le coût de faire des affaires. Donc, afin de nous attaquer au gaspillage alimentaire, nous devions revoir notre façon de faire les choses afin de maximiser la valeur des aliments et de les rendre disponibles aux Canadiens tout en renforçant la compétitivité des agro-entreprises.

Lorsque j’ai été choisi à titre de Fellow d’Impact Canada au sein d’AAC, je n’en savais pas beaucoup sur le problème du gaspillage alimentaire et je me demandais de quelle façon je pouvais aider le Ministère à concevoir un programme portant sur un sujet que je connaissais peu. Cette préoccupation a vite disparu dès que je me suis joint à AAC, car il s’est avéré que cette expertise et ces connaissances étaient déjà présentes au sein du Ministère, dispersées parmi de nombreux experts, scientifiques et fonctionnaires, et qu’on ne me demandait donc pas de les avoir. Mon rôle consistait à aider le Ministère à mettre à profit cette expertise dans le cadre du processus de conception du défi et à l’accompagner dans ce processus. J’étais très bien outillé pour ce rôle : j’avais une formation solide en processus de réflexion pour la conception ainsi que des compétences pratiques dans la conception et la mise en œuvre de programmes axés sur les résultats.

Role du Fellow dans le processus de conception du défi

En tant que Fellow, je ne donnais pas simplement des conseils sur le processus de conception et de mise en œuvre d’un défi, mais j’apportais également mon aide pour tous les éléments opérationnels qui étaient nécessaires à la concrétisation du programme. Ma première tâche consistait à bâtir l’équipe et sa capacité à concevoir et à mettre en œuvre des défis. J’ai participé à un exercice intensif de mobilisation des intervenants qui était nécessaire pour comprendre le problème du gaspillage alimentaire. Et bien sûr, le processus de conception, et en particulier la phase de compréhension, est si important que même en commençant avec une connaissance limitée du problème, on est en mesure de développer une compréhension et une appréciation suffisantes du problème pour être capable d’élaborer un prototype de conception. Nous avons testé le prototype avec plus de 40 innovateurs et intervenants avant d’avoir une conception de programme prête à être approuvée.

Le travail stratégique faisait également partie de mon rôle dans le cadre du programme de Fellowship, puisque j’ai aidé le Ministère à faire reposer le programme sur de solides éléments stratégiques et à gérer les implications stratégiques de différentes situations nouvelles, comme la pandémie de COVID-19 et ses conséquences sur la sécurité alimentaire et le gaspillage alimentaire. Le processus de conception, en particulier l’exercice intensif de mobilisation des intervenants, m’a permis d’aider le Ministère à établir un cadre conceptuel convaincant pour le défi en définissant le problème sur deux dimensions :

  • Niveau de maturité des solutions : cette dimension nous a permis de prendre en compte dans la conception de notre défi à la fois les solutions qui sont au stade expérimental (idéation et prototypage) et les solutions qui sont au stade de commercialisation et qui sont prêtes à être mises en marché. Le résultat a été la définition de deux types de volets au sein du défi : l’un qui est axé sur le soutien au développement et à l’avancement des nouvelles technologies et l’autre qui est axé sur le soutien au déploiement de modèles d’affaires nouveaux et novateurs.
  • Stratégies de réduction du gaspillage alimentaire : lorsque nous avons commencé à concevoir le défi, nous pensions devoir chercher des solutions d’un point de vue sectoriel (par exemple, des solutions pour les restaurants ou des solutions pour les supermarchés). Cependant, dans le cadre de notre travail de conception, nous avons compris que pour réinventer le système alimentaire, il était important d’examiner les liens d’interdépendance entre les différents segments et secteurs de la chaîne d’approvisionnement alimentaire et d’encourager les solutions basées sur des approches plus systémiques et globales. À cette fin, nous avons pris du recul et avons défini les types de solutions en termes de stratégies : les solutions qui permettraient de prévenir le gaspillage alimentaire (c’est-à-dire de cesser de générer/produire du gaspillage alimentaire) et les solutions qui permettraient de détourner le gaspillage alimentaire (c’est-à-dire de recréer de la valeur à partir d’aliments appelés à être jetés).
Version texte

Volet A du Défi : Modèles d’affaires qui préviennent le gaspillage alimentaire. Volet B du Défi : Modèles d’affaires qui réacheminent les déchets alimentaires, les sous-produits alimentaires ou les surplus alimentaires. Volet C du Défi : Technologies qui prolongent la durée de vie des aliments. Volet D du Défi : Technologies qui transforment les déchets alimentaires.


Pour qu’un défi ait du succès, il doit non seulement avoir une conception convaincante, mais aussi être accompagné d’une campagne de sensibilisation novatrice. C’est pourquoi, en tant que Fellow, je me suis engagé à appuyer AAC dans la conception et la mise en œuvre d’une campagne de sensibilisation efficace visant à attirer de nouveaux talents qui seraient prêts à relever le défi et à soumettre leurs idées et leurs solutions. Au moyen de la science des données, nous avons analysé l’efficacité de notre campagne sur une base hebdomadaire, en observant différents indicateurs, y compris le nombre de visites sur les pages du site Web et l’analyse des médias sociaux pour ajuster notre approche.

La conception du défi et la campagne de sensibilisation ont permis d’assurer le succès du défi. Lors de la première ronde, le Défi de réduction du gaspillage alimentaire a dépassé le record de tout autre défi en termes de nombre de candidatures reçues, et au cours de ses deux rondes, il a reçu un total de 589 candidatures. Enfin, Le défi a réussi à attirer un bassin de talents très diversifié pour régler le problème du gaspillage alimentaire :

  • Plus d’1 sur 10 avait une nouvelle idée et planifiait de créer une nouvelle entreprise ou un Organisme sans but Lucratif
  • Et 60% n’avaient fait aucune demande de financement gouvernemental au cours des cinq dernières années

Candidats internationaux de 25 pays

  • 20% Jeunes (30 ans et moins)
  • 25% Minorités visibles
  • 32% Femmes ou organismes gérés par des femmes