Luke
Luke Babad est responsable principale des sciences du comportement à l’Unité de l’impact et de l’innovation du Bureau du Conseil privé, où il se concentre sur les nouveaux programmes liés aux frontières, aux voyages et à l’immigration.
Luke Babad est responsable principale des sciences du comportement à l’Unité de l’impact et de l’innovation du Bureau du Conseil privé, où il se concentre sur les nouveaux programmes liés aux frontières, aux voyages et à l’immigration.
Emily est fellow en sciences du comportement à l’Unité de l’impact et de l’innovation (UII) au Bureau du Conseil privé. Elle travaille avec des partenaires à Ressources naturelles Canada qui appliquent la science du comportement pour appuyer l’étiquetage énergétique résidentiel et l’étiquetage des adaptations.
Avant de se joindre à l’UII, Emily travaillait dans un institut de recherche caritatif qui mène des travaux de recherche appliquée pour améliorer les traitements et les services en santé mentale et en toxicomanie.
Dominique est analyste principale au sein de l’équipe Stratégies de données et de mesure. Avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, elle explore de nouvelles façons d’analyser et d’utiliser les données pour faire progresser la mesure et la production de rapports en ce qui a trait aux politiques, aux programmes et aux investissements liés aux émissions de GES.
Notre rose, notre épine et notre bourgeon
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Depuis 2017, Impact Canada s’associe à des partenaires fédéraux pour utiliser les défis comme outil de financement innovant afin d’aider à résoudre des problèmes complexes pour la population canadienne. Les défis d’Impact Canada diffèrent des autres programmes de financement gouvernementaux traditionnels, car ils sont conçus comme une approche axée sur les résultats . ils utilisent des incitations financières et non financières pour amener les innovateurs à orienter leurs talents vers la recherche de solutions à des problèmes particuliers.
Depuis le lancement des défis, Impact Canada s’efforce de mesurer leur incidence et d’améliorer la façon dont ils sont conçus et mis en œuvre. Guidé par un modèle logique clair, Impact Canada a opérationnalisé à la fois la recherche quantitative avec Statistique Canada, et la recherche qualitative, y compris les études de cas, les sondages et les analyses des réseaux sociaux. Pour en savoir plus sur la méthode d’Impact Canada pour mesurer de l’incidence, veuillez lire ce billet de blogue.
Dans les rapports précédents, nous avons présenté les points saillants des sondages menés auprès des parties prenantes et les résultats d’une analyse des réseaux sociaux réalisée en collaboration avec des étudiants de l’Université de la Colombie-Britannique et Statistique Canada afin de mesurer l’incidence de notre projet Défi de l’alimentation dans l’espace lointain.
Qu’a-t-on fait?
Depuis 2019, Impact Canada s’est associé au Centre des projets spéciaux sur les entreprises (CPSE) de Statistique Canada pour explorer l’utilisation des données fiscales afin d’éclairer le rendement des candidats aux défis et d’évaluer l’incidence économique des défis à l’aide de l’Environnement de fichiers couplables - Entreprises (EFC-E) de Statistique Canada. L’EFC-E est un environnement dans lequel différentes sources de données administratives et de sondages sont liées aux microdonnées de Statistique Canada sur les entreprises.
| Sources de données administratives |
|---|
| Registre des entreprises (RE) |
| Programme d'analyse longitudinale de l'emploi |
| Index général des renseignements financiers - Entreprises non constituées en sociétés |
| Index général des renseignements financiers - Entreprises constituées en sociétés |
| T4 (État de la rémunération Payée) fichier supplémentaire |
| FPP (Fichier Principal Personnel) du propriétaire principal de l'entreprise (avec des variables du recensement et de la base de données longitudinales sur l'immigration |
| BDA (Base de données T1 améliorée) du propriétaire principal de l'entreprise (avec des variables du recensement et de la base de données longitudinales sur l'immigration |
| Compte de retenues sur la paye |
| Registre des exportateurs |
| Registre des importateurs |
| Brevets (Office de la propriété intellectuelle du Canada) |
| United States Patent Office (USPTO) - Entreprises canadiennes seulement - |
| Soutien à la croissance et à l'innovation en entreprise |
| Programme des données fiscales agricoles |
| Organismes de bienfaisance |
| Base de données de recherche sur les brevets canadiens |
| Base de données sur la diversité et les compétences |
| Sources de données d'enquête |
| Enquête annuelle Recherche et développement dans l'industrie canadienne |
| Balance des paiements : investissements directs canadiens à l'étranger |
| Balance des paiements : investissements directs étrangers au Canada |
| Échanges de services commerciaux |
| Enquête sur l'innovation et les stratégies d'entreprise |
| Enquête sur l'innovation |
| Enquête sur le commerce électronique et la technologie |
| Enquête sur les technologies de pointe |
| Enquête sur la commercialisation de l'innovation |
| Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises |
| Enquête sur la gestion de la propriété intellectuelle |
| Enquête sur la technologie numérique et l'utilisation d'Internet |
| Enquête sur le coût de la mise en conformité à la réglementation |
| Demande pour les dépenses de recherche scientifique et développement expérimental |
| Enquête sur la connaissance et l'utilisation de la propriété intellectuelle |
Source: https://www23.statcan.gc.ca/imdb/p2SV_f.pl?Function=getSurvey&SDDS=6000
Des analyses quasi expérimentales ont été explorées pour tenter de reproduire la rigueur des essais contrôlés randomisés, ce qui n’est pas possible à mettre en œuvre dans le cadre d’un défi, car les gagnants du concours ne sont pas assignés de manière aléatoire. Pour démontrer les effets de causalité des défis sur les résultats d’intérêt, les données sur les candidats aux défis, collectées par Impact Canada, ont été reliées au Registre des entreprises (RE). Le RE est un répertoire des entreprises enregistrées au Canada, tenu par Statistique Canada. Cet ensemble de données a ensuite été relié aux données fiscales de l’EFC-E afin de comprendre quels types d’entreprisesFootnote 2 participent aux défis en évaluant les caractéristiques de leurs activités et leur rendement économique. Un groupe de non-candidats a été créé en exploitant les similitudes entre les organismes à travers une série de variables afin de réaliser une analyse comparative.
Cette approche comportait deux volets. Tout d’abord, pour comprendre si les défis mobilisent de nouveaux talents, nous avons établi le profil des entreprises en fonction de leurs caractéristiques géographiques et professionnelles. Deuxièmement, pour comprendre si les défis augmentent les investissements et renforcent les compétences et les capacités, nous avons comparé le rendement des entreprises des candidats aux défis à celui des non-candidats selon les indicateurs suivants :
Deux séries d’analyses quasi expérimentales ont été menées. La première a été menée pour évaluer la possibilité d’évaluer le succès des défis dans la réalisation de leurs objectifs. Comme Impact Canada a lancé de nouveaux défis et que le nombre de candidats aux défis a augmenté depuis la première étude, une deuxième analyse a été réalisée. La deuxième analyse visait à approfondir et à élargir la portée de la première étude en incluant les années supplémentaires de données sur les entreprises et en évaluant la faisabilité d’une analyse de l’incidence du programme.
Pourquoi ces travaux ont-ils été faits?
Contrairement aux sondages et autres méthodes de collecte de données, l’utilisation de données administratives, telles que les données fiscales, à des fins autres que celles prévues, permet d’accéder à des données de haute qualité pour établir le profil de rendement économique des entreprises. Il est important de noter que l’utilisation de données administratives permet d’alléger le fardeau des candidats participant aux défis en leur évitant d’avoir à répondre à des questionnaires.
La Loi sur la statistique permet à Statistique Canada de relier les données fiscales à d’autres données de sondages et administratives à des fins de recherche. Statistique Canada peut ainsi collaborer avec les ministères « à la collecte, à la compilation et à la publication de renseignements statistiques, y compris les statistiques qui découlent des activités de ces ministères ». Les données liées offrent la possibilité d’accroître la portée et la profondeur des recherches possibles. Par exemple, l’utilisation de données fiscales peut ouvrir la voie à des variables de substitution pour mesurer les résultats.
L’exploration d’une analyse quasi expérimentale à l’aide de l’EFC-E s’est avérée convaincante pour évaluer l’incidence des défis, car elle fournit des données probantes sur le rendement des candidats en fonction des investissements après le défi. Elle permet également de comparer les candidats à des organismes similaires qui n’ont pas présenté de demande dans le cadre des défis d’Impact Canada, ce qui nous permet d’évaluer l’efficacité avec laquelle les résultats du programme des défis sont atteints.
Pour résumer de manière systématique les résultats et les enseignements tirés de ce travail, nous faisons l’analogie avec une rose. Le rapport ci-dessous résume d’abord ce qui s’est bien passé et les résultats des analyses (notre rose), puis décrit les obstacles que nous avons rencontrés (notre épine), et enfin décrit ce que nous avons appris et les possibilités futures d’approfondir ce travail (notre bourgeon).
La première analyse quasi expérimentale a été menée en 2021 et a porté sur sept défis lancés de 2017 à 2019. Comme d’autres données sont devenues disponibles, une deuxième analyse quasi expérimentale a été menée en 2023, portant sur douze défis lancés de 2016 à 2021. Parallèlement à la deuxième analyse, une analyse complémentaire a été réalisée pour évaluer la faisabilité d’une analyse d’incidence du programme des défis.
Les résultats de la deuxième analyse, présentés dans la figure 1, montrent que 90 % des candidats aux défis étaient des organismes à but lucratif. Comme présentés dans la figure 2, les candidats étaient répartis géographiquement, trois entreprises sur quatre ayant leurs activités en Ontario (41 %), dans les Prairies (18 %) ou en Colombie-Britannique (16 %).
La majorité (95 %) des candidats étaient des petites entreprises, comptant moins de 100 employés, et plus de la moitié (59 %) étaient de jeunes entreprises en activité depuis moins de 5 ans, comme le montre les figure 3 à 4.
La figure 5 montre que si les entreprises qui relèvent les défis d’Impact Canada sont diverses et opèrent dans 20 secteurs différents, plus de la moitié (59 %) d’entre elles appartiennent aux secteurs de la fabrication (22 %) et des services professionnels, scientifiques et techniques (37 %).
Pour savoir si les candidats aux défis ont effectivement été en mesure de faire augmenter les investissements grâce aux mesures d’aide fournies dans le cadre des défis, les produits, l’actif et le passif des candidats aux défis ont été analysés et comparés à ceux des non-candidats.
L’analyse comparative a montré que les candidats aux défis font augmenter en fait davantage les investissements que les non-candidats, puisque les taux de croissance des produits (104 % et 50 %), de l’actif (125 % et 111 %) et du passif (226 % et 122 %) de 2016 à 2020 étaient plus élevés pour les candidats que pour les non-candidats, comme le montre les figures 6 à 7.
Pour savoir si les défis améliorent les compétences et les capacités des candidats, les données relatives à l’emploi et aux salaires ont été analysées. Les figures 8 à 11 montre que les défis renforcent effectivement les compétences et les capacités, puisque les taux de croissance de 2016 à 2021 de l’emploi (58 % et 36 %), des salaires (100 % et 62 %), du salaire par employé (23 % et 15 %) et de la productivité du travail Footnote 3 (124 % et 62 %) étaient plus élevés chez les candidats aux défis que chez les non-candidats.
Les dépenses de R et DFootnote 4 ont été évaluées pour déterminer si les défis contribuaient au développement de produits et de services innovants. Les résultats montrent que de 2016 à 2020, les non-candidats (28 %) ont davantage augmenté leurs dépenses de R et D que les candidats (14 %), comme le montre la figure 12.
Une partie de la deuxième série d’analyses a consisté à évaluer la faisabilité d’une analyse d’incidence du programme. Le travail visait à explorer les types de méthodes statistiques qui pourraient être utilisées pour une analyse d’incidence et la faisabilité d’une analyse d’incidence future, une fois que des données supplémentaires seront disponibles. L’étude de faisabilité servirait à documenter les forces et les faiblesses des approches et à formuler des suggestions sur ce qu’il conviendrait de faire au cours des années suivantes pour réussir une analyse d’incidence.
Quelles sont les conclusions de l’analyse de faisabilité?
Une évaluation de la faisabilité d’une analyse d’incidence a été réalisée d’après les données disponibles afin de déterminer l’incidence de la participation aux défis d’Impact Canada. En d’autres termes, il s’agit de répondre à la question suivante : existe-t-il des preuves statistiquement significatives que la participation aux défis d’Impact Canada améliore de manière mesurable les résultats des candidats en matière d’investissement et d’emploi?
Afin de s’assurer que des données suffisantes étaient disponibles avant et après le défi, l’analyse d’incidence a été menée auprès de 40 entreprises ayant remporté au moins un prix (demi-finalistes, finalistes et lauréats du grand prix) à la suite de six défis relevés de 2016 à 2021. Une méthode d’écart entre les différencesFootnote 5 a été utilisée pour tester les effets de la participation aux défis sur une série de variables de résultats, notamment les produits, les dépenses, l’actif, le passif, l’emploi, les salaires et la productivité du travail.
Les résultats de l’étude de faisabilité n’ont pas démontré de manière statistiquement significative que la participation à un défi avait une incidence sur l’une des variables dépendantes testées (produits, dépenses, actif, passif, emploi, salaires et productivité du travail). Toutefois, ce travail a permis de jeter les bases d’une estimation future de l’incidence des défis d’Impact Canada.
Les limites de la mesure de l’incidence des défis
Les défis Impact Canada varient en fonction du sujet, des résultats escomptés, du calendrier, du nombre d’étapes, du montant du prix et du nombre de candidats. Pour l’évaluation de l’incidence, il en résulte un cadre complexe, surtout quand on tient compte de la variabilité entre les défis et les candidats. Cette variabilité implique un certain degré d’hétérogénéité.
Cette hétérogénéité parmi les candidats est encore accrue par le fait que les défis faisaient appel à divers types de candidats, tels que des entreprises, des universitaires, des particuliers, des organisations gouvernementales et autochtones, ainsi des candidats étrangers. En outre, au fur et à mesure que les étapes du défi sont franchies, moins de candidats accèdent à la demi-finale, à la finale et au grand prix, ce qui réduit la taille de l’échantillon de candidats qui sont mieux à même de démontrer si les résultats du défi sont atteints. Cette attrition pose un problème, car il est logique de se concentrer sur les candidats qui ont progressé avec succès, étant donné qu’ils ont reçu progressivement plus de fonds publics que les candidats non retenus, et qu’ils ont vraisemblablement eu plus de temps pour commercialiser leurs produits et les adapter. Pour justifier cette notion et produire des preuves de l’incidence des défis sur le rendement des entreprises des candidats retenus, il faudrait procéder à d’autres analyses empiriques fondées sur la théorie et sur des études antérieures.
La petite taille de l’échantillon de demi-finalistes, de finalistes et de lauréats du grand prix ne permet pas non plus d’estimer l’incidence de chaque défi. Par conséquent, pour évaluer l’incidence des défis sur les candidats retenus, on a regroupé les défis susceptibles d’avoir une incidence différente à différentes échelles.
Les limites de l’utilisation des données fiscales pour mesurer l’incidence de défis
Malgré les avantages que présente l’utilisation des données fiscales des entreprises pour mesurer les résultats et l’incidence de défis sur le rendement des entreprises, elle présente également des limites, car seuls les organismes candidats dont les informations peuvent être reliées aux données fiscales peuvent être utilisés pour l’analyse. Cette approche ne s’applique pas aux universitaires, aux particuliers et aux candidats n’appartenant pas au monde de l’entreprise, ce qui limite l’incidence du programme à la seule perspective des entreprises. La taille de l’échantillon s’en trouve donc davantage réduite, et cette approche pèse sur le niveau de précision des statistiques présentées pour établir le profil du rendement des entreprises à l’aide de données fiscales, compte tenu des exigences en matière de confidentialité des données. En outre, certaines données fiscales ne sont pas fournies par toutes les entreprises, telles que les dépenses de R et D, ce qui limite les variables de substitution disponibles pour évaluer si des investissements sont réalisés dans le développement de produits et de services innovants soutenus par le défi.
À cause de l’hétérogénéité tant dans le programme que parmi les candidats, de la petite taille de l’échantillon et des inévitables données aberrantes (qui ne peuvent pas toujours être supprimées en raison de la taille déjà réduite de l’échantillon), qui mettent en évidence les compromis entre la précision et la robustesse, il est difficile pour un modèle statistique de produire des données probantes de l’incidence dans le contexte de cette recherche.
Ces limitations, associées à la disponibilité variable des données, restreignent également la possibilité de comparer l’incidence d’un défi par rapport à un autre au cours d’une année donnée. Pour l’instant, des mesures ponctuelles sont produites pour les défis terminés et en cours, afin de se faire une idée de leur incidence.
Qu’avons-nous appris?
L’exploration d’analyses quasi expérimentales utilisant des données fiscales s’est avérée une méthode rigoureuse de production de données probantes, adaptable à la mesure des résultats et de l’incidence à mesure qu’ils se révèlent. En outre, ce travail a démontré que l’utilisation de données administratives pour évaluer l’incidence économique des programmes peut également fournir des informations sur les conséquences des programmes ou des politiques à une plus large échelle.
Étant donné que les ensembles de données fiscales des entreprises sont à la fois complets et actuels, elles offrent des possibilités d’effectuer de futures analyses longitudinales et transversales et d’accroître la portée et les capacités de la recherche, si nécessaire. Toutefois, pour y parvenir et pour surmonter les nombreuses limites posées par la conception et la méthodologie de défis, ainsi que par la disponibilité actuelle des données, nous avons compris qu’il nous faudra beaucoup de temps. Au fur et à mesure que des défis plus récents sont menés à terme et que suffisamment de données préalables et postérieures sont disponibles, le nombre de candidats retenus augmente également, ce qui peut contribuer à améliorer la robustesse des analyses statistiques et permet de fournir des informations sur les résultats à long terme, par exemple les améliorations économiques.
Le partenariat entre Impact Canada et Statistique Canada a ouvert la porte à une initiative de recherche et d’analyse itérative, dans le cadre de laquelle nous sommes en mesure de tirer parti de nos apprentissages. Le travail de collaboration réalisé jusqu’à présent pour évaluer l’incidence des défis a jeté des bases solides et offre de nombreuses possibilités d’explorer d’autres approches quasi expérimentales et d’accroître la solidité des analyses effectuées dans les années à venir. Lorsque davantage de données seront disponibles, en 2024 et au-delà, nous espérons que d’autres possibilités d’analyse nous permettront d’explorer d’autres questions de recherche afin de mieux informer sur le financement basé sur les résultats.
Que pourrions-nous explorer à l’avenir?
Pour améliorer la façon dont les résultats des défis d’Impact Canada sont mesurés, les analyses quasi expérimentales pourraient être améliorées dans le cadre des travaux futurs en explorant les liens potentiels entre les données fiscales disponibles, les données sur les brevets et les données ouvertes sur les investissements. D’autres méthodologies, telles que les modèles dynamiques d’écart entre les différences qui pourraient fournir des estimations de l’incidence chaque année suivant le lancement d’un défi, pourraient également être explorées pour améliorer les analyses d’incidence.
Nous remercions nos partenaires de Statistique Canada, Xavier Bouchard-Vachon et Simon Dessureault, avec qui nous avons collaboré de manière continue dans le cadre de cette recherche. La collaboration avec un organisme statistique a permis à Impact Canada de tester et d’affiner ses approches.
La complexité de l’utilisation des données fiscales pour mesurer l’incidence des défis
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© Sa Majesté le Roi du chef du Canada, 2024.
This publication is also available in English: Our rose, thorn and bud
ISBN:
978-0-660-69729-1
CP22-211/2024F-PDF
Pourquoi nous recherchons les imperfections dans l’innovation
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Nous sommes tous passés par là : vous êtes prêt à ce que le monde découvre l’idée révolutionnaire qui vous obsède et qui peut créer des changements positifs pour le plus grand nombre. Un feu brûle dans votre estomac et votre cœur bat la chamade parce que l’idée dont vous êtes tombé amoureux est sur le point de devenir réalité. Cependant, une fois que vous en parlez, d’autres personnes peuvent trouver que l’idée n’est pas si bonne — elles peuvent même vous dire qu’elle ne marchera jamais. Aïe!
En tant que fellow en défis et prix d’Impact Canada, j’ai travaillé avec l’Agence de la santé publique du Canada pour concevoir et lancer le Défi axé sur la prévention du diabète de type 2. Lorsque j’ai présenté la première version du prototype de ce défi auprès d’experts en prévention des maladies chroniques, leurs commentaires ont mis en évidence les points qui fragiliseraient mon concept (que j’avais passé d’innombrables heures à créer) et le feraient échouer, m’éclairant sur des « inconnues » que je n’avais pas encore détectées. Solliciter ces critiques de la part de personnes concernées par le problème et d’autorités en matière de prévention du diabète constituait un élément extrêmement important de l’utilisation de l’innovation en tant que processus de résolution des problèmes. Cette démarche a permis de rajuster la conception du défi de manière à ce qu’il permette aux innovateurs d’avoir le plus grand effet possible sur la prévention du diabète de type 2 au Canada. Tout au long de ce processus, j’ai régulièrement fait attention à mes préjugés pour m’assurer que je n’ignorais pas les lacunes que d’autres personnes avaient décelées dans le but de voir ma propre idée prospérer. Certains qualifient de « syndrome du bébé laid » la tendance consistant à tomber amoureux de son idée ou de son innovation, à croire qu’elle est parfaite à tous points de vue et à penser qu’elle suivra la voie tracée sans nécessiter aucun changement.
En réalité, que vous créiez un prix et défi, que vous posiez votre candidature en tant qu’innovateur ou que vous pensiez avoir trouvé une percée, aucune idée n’est parfaite au départ. Il s’avère nécessaire de nourrir son idée pour combler ses lacunes et en faire quelque chose de magnifique. Pour réduire le risque de créer quelque chose que personne n’a demandé ou dont personne ne veut, les pionniers prennent le temps de nourrir leur idée pour l’améliorer, voire la modifier radicalement, plutôt que d’en faire des éloges injustifiés. Le processus consistant à mettre son idée à l’essai pour voir où il faut investir encore plus de temps et d’énergie en plus des innombrables efforts déjà consentis est une douleur croissante qui transforme l’idée en quelque chose de significatif pour un plus grand nombre de personnes.
J’ai découvert, par une expérience douloureuse, que le pas le plus important qu’une [personne] puisse faire est toujours le suivant.
— Brandon Sanderson
Les prix et défis organisés en partenariat avec Impact Canada utilisent un processus par étapes pour créer un environnement et un calendrier permettant aux innovateurs de mettre à l’essai et d’affiner continuellement leur idée. Ce processus sert d’échafaudage aux idées pour atteindre des résultats partiels liés à un objectif du défi, et permet aux idées les plus prometteuses de passer aux étapes suivantes. À chaque étape du défi, les innovateurs ont accès à des prix monétaires et à des mesures de soutien non financier qui leur permettent de transformer leur innovation en une version plus efficace de leur idée initiale. Même les critères d’évaluation du défi concentrent les efforts des innovateurs (en fonction des progrès réalisés à chaque étape ultérieure) pour solliciter de la rétroaction, y répondre et revoir leur travail, si nécessaire, de manière à apporter la plus grande valeur ajoutée aux solutions. La participation à un prix et défi aide les innovateurs à développer leur idée.
La créativité consiste à imaginer de nouvelles choses. L’innovation consiste à faire de nouvelles choses
— Theodore Levitt
Selon moi, aimer son idée signifie de s’assurer qu’elle a toutes les chances de devenir la meilleure version d’elle-même. Cet état d’esprit ne signifie pas qu’il faut laisser les autres prendre le contrôle, mais qu’il faut avoir la confiance nécessaire pour synthétiser tous les commentaires reçus avec sa propre expertise afin d’améliorer l’idée. Le réexamen constant de la valeur créée par l’idée et des personnes qui en bénéficient sont des éléments importants de ce processus de réflexion utilisé dans le cadre d’un défi d’Impact Canada. Durant la définition du problème, au cours d’une phase de compréhension, la question de savoir si un défi représente la bonne méthode pour résoudre le problème est un mantra qui garantit que le pouvoir de l’innovation pour débloquer les problèmes persistants est réellement exploité. Par exemple, nous devons nous assurer que les solutions au problème posé bénéficient de l’ouverture à un plus grand nombre d’innovateurs, qu’un défi accélère effectivement les progrès, que les résultats peuvent être mesurés et que les solutions peuvent être adoptées ou transposées à plus grande échelle une fois le défi terminé. Pendant les phases de conception et de mise à l’essai, au cours desquelles la structure du défi prend forme et est affinée, il est important de recueillir les voix, les opinions et la rétroaction de nombreuses personnes pour éviter les lacunes découlant des angles morts et de la pensée de groupe, en équilibrant les tensions délicates liées aux résultats qui seront obtenus. Voici un petit échantillon des tensions que j’ai rencontrées :
L’examen constant de ces questions permet à toute idée (ou à tout défi visant à faire émerger des idées) de continuer à se perfectionner et permet de lui donner les conditions nécessaires à sa croissance. Ainsi, aimer son idée, c’est ne pas être aveugle à ses imperfections. Cela signifie qu’il faut faire confiance à un processus de réflexion dans lequel même l’idée la plus imparfaite a un énorme potentiel à révéler — c’est ce potentiel qui peut conduire à une percée susceptible de créer un changement profond.
Jon est Fellow en Défi d’Impact Canada et soutiendra le ministère des Pêches et des Océans dans l’élaboration d’un prix de défi de planification spatiale marine.
Ademir est conseiller principal en politiques à Impact Canada. Il est chargé de mesurer, d’analyser et de rendre compte de l’impact immédiat et à long terme du portefeuille Défi. Il soutient également la conception de nouveaux défis et encadre les Fellows d’Impact Canada dans le cadre du processus de défi.
Évolution de l'application des sciences du comportement au sein du gouvernement du Canada
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Pas seulement un impératif moral, mais une partie intégrante d’une innovation efficace
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Comme pour beaucoup, la prise en compte de ma propre identité raciale, sexuelle et religieuse et de son incidence sur les résultats de ma vie est une négociation constante. Notre compréhension collective de la manière dont les différentes identités se rencontrent et convergent constitue un exercice qui est devenu un instrument politique important, capable de favoriser de manière significative l’inclusion, la diversité et l’équité au sein de l’organisation et de la société. Au-delà de la réflexion personnelle et collective, la réalisation de l’équité nécessite un changement systémique à tous les niveaux. Mon expérience au sein de diverses organisations et communautés m’a montré que notre travail en faveur de l’équité commence par le choix délibéré de remettre en question les anciens schémas et d’obtenir de meilleurs résultats. Il y a un an, j’ai saisi une occasion unique avec Impact Canada en tant que fellow des prix et défis responsable de la conception d’un nouveau défi avec Agriculture et Agroalimentaire Canada.
Depuis 1995, le gouvernement du Canada a adopté différentes versions de l’outil d’Analyse comparative entre les sexes plus (ACS Plus) pour soutenir l’élaboration de politiques, de programmes et d’autres initiatives adaptés et inclusifs. L’ACS Plus n’est pas une approche de sensibilisation, mais un processus permettant de comprendre qui est concerné par une question et d’adapter les initiatives proposées pour répondre aux divers besoins des personnes les plus touchées, en atténuant les obstacles susceptibles d’empêcher l’accès à l’initiative proposée. Il est important de noter que le « plus » de l’ACS Plus fait référence à l’intersectionnalité et va au-delà du sexe et du genre pour prendre en compte d’autres facteurs identitaires divers.
L’objectif de ce document n’est pas de redéfinir l’ACS Plus; le gouvernement du Canada offre déjà d’excellentes ressources et des conseils pour tous ceux qui ont des points de départ différents. Dans cet article, je fais part de mon expérience de l’adoption d’une optique d’équité délibérée pour concevoir un Défi de réduction du méthane agricole de 12 millions de dollars en tant que fellow des prix et défis. J’explique pourquoi l’adoption d’un cadre d’équité dans le financement et la programmation du gouvernement n’est pas seulement un impératif moral, mais aussi un ingrédient essentiel de l’innovation. Mon examen de l’ACS Plus et de son application rapide a été facilité par la méthodologie des défis d’Impact Canada, qui axe le financement public sur l’obtention de résultats et permet l’établissement de nouvelles méthodes de travail.
D’après mon expérience, ayant déjà travaillé sur la lutte contre les inégalités systémiques dans les secteurs humanitaire et de l’éducation, les facteurs d’équité à prendre en compte arrivent trop tard dans le processus, ou apparaissent comme un ajout à un programme déjà conçu.
Contrairement aux programmes et au financement traditionnels, les défis sont accompagnés d’une méthodologie éprouvée pour le développement, qui crée les conditions nécessaires pour entreprendre la recherche et la mise en œuvre du renforcement de l’équité. Chaque étape de la conception du défi nécessite beaucoup de temps, de ressources et de réflexion, à commencer par la phase de compréhension. Dans le cadre du Défi de réduction du méthane agricole, c’est là que j’ai passé le plus de temps à comprendre non seulement le problème des émissions de méthane, mais aussi la manière dont les inégalités systémiques et historiques, ainsi que les obstacles permanents à l’entrée dans le secteur, ont entraîné la sous-représentation de certains groupes tels que les Noirs, les Autochtones, les personnes de couleur et les jeunes producteurs à la table de l’innovation. Lorsque mon équipe et moi-même avons entamé la phase de compréhension et mené des séries d’entretiens approfondis, nous nous sommes posé la question clé de la responsabilité : qui est absent de nos conversations ou de notre échantillon de recherche? En appliquant la réflexivité à notre propre processus et à ses lacunes ignorées, nous avons commencé à prêter attention aux conditions sociales, culturelles et économiques complexes dans lesquelles le bétail, les producteurs et les émissions de méthane interagissent.
La collecte de données désagrégées est un point de départ important, et la réalisation d’une vérification des données du secteur est devenue la première étape essentielle pour développer notre propre compréhension contextualisée de l’inégalité dans le secteur de l’élevage. Grâce à des recherches continues et aux éléments remis en question, nous avons pris conscience du manque de données démographiques et désagrégées. Les données que nous avons exploitées et analysées ont révélé que, sur l’ensemble des producteurs, environ 1,9 % sont des exploitants agricoles autochtones, 2,9 % sont des minorités visibles et 8,6 % sont des jeunes (40 ans et moins). Cette enquête sur les données désagrégées a non seulement révélé les lacunes de nos ensembles de données, mais nous a incités à élaborer de meilleures infrastructures de données dans le cadre du défi afin de concrétiser et d’encourager ce type de collecte de données. Cet effort a pris la forme d’une élaboration de questionnaires spécifiques destinés à être intégrés aux formulaires de candidature, aux formulaires de recrutement des jurys et au cadre d’évaluation. Nous ne pouvons pas améliorer efficacement les résultats pour tous si nous ne disposons pas de données fiables pour comprendre certains groupes.
L’une des tâches essentielles au cours de l’élaboration du défi a été de concevoir un cadre intégré d’ACS Plus qui s’inscrive dans le processus plus large du défi, afin de garantir que les leçons que nous tirons soient systématiquement utilisées pour éclairer nos prix et défis. Pour y parvenir, nous avons adopté l’approche suivante afin d’obtenir un cadre que nous pourrions adapter à notre défi et qui servirait de feuille de route pour les travaux futurs :
Partant du principe que l’équité nécessite un engagement durable, la collaboration a été privilégiée pour fixer les objectifs distincts du cadre d’ACS Plus. Le travail est bien trop important et bien trop urgent pour qu’une seule équipe puisse l’accomplir seule.
Les prix et défis sont des modèles de financement axés sur les résultats, où la responsabilité, la transparence et l’inclusivité sont maintenues dans le modèle d’évaluation à faibles obstacles, et dirigés par un jury. En appliquant une approche similaire à la construction de l’équité dans le cadre du défi, nous avons défini des objectifs pour chaque étape de la conception et de la mise en œuvre, en nous responsabilisant et en nous assurant que nous étions sur la bonne voie pour obtenir des résultats. Par conséquent, notre cadre adapté et intégré de l’ACS Plus pour le défi de la réduction du méthane comprend des résultats mesurables tels que :
Malgré tous les efforts que nous déployons en tant que fonctionnaires, les inégalités systémiques et les obstacles à l’inclusion subsistent, et même les plans les mieux conçus ne peuvent les surmonter entièrement. Sans être paralysée par cette réalité, j’ai gagné en efficacité en reconnaissant les limites de notre travail, en me formant continuellement, en écoutant les groupes en quête d’équité et en appliquant de manière proactive une perspective d’équité à chaque tâche, tant au travail qu’à l’extérieur. Bien que ce travail soit toujours en cours, en essayant de nouvelles voies et en mettant l’accent sur l’équité, j’ai terminé ma première année de fellowship avec une plus grande capacité à appliquer l’ACS Plus, et je suis donc devenue une fonctionnaire mieux outillée.
J’ai immédiatement porté un vif intérêt au programme de bourses. La raison était simple : parce que leur méthode fonctionne. Impact Canada cherche à mettre en œuvre des approches réfléchies fondées sur des données probantes pour obtenir des résultats qui abordent des questions importantes et urgentes dans le domaine des politiques publiques. Qui ne voudrait pas faire partie d’une équipe qui fait ce genre de travail?
En me renseignant davantage sur le programme de Fellowship, je me suis rapidement rendu compte que j’avais une autre raison de m’y intéresser. En effet, j’ai constaté que beaucoup d’autres domaines d’intérêt public pourraient bénéficier d’approches axées sur les résultats. En m’appuyant sur le programme de bourses, je souhaite découvrir comment le modèle Défis et prix peut soutenir les objectifs de politique publique du gouvernement du Canada pour répondre aux besoins d’un plus grand nombre de Canadiens.
En tant que participant au programme Toronto Urban Fellow, j’ai dirigé un projet visant à élaborer et à lancer une politique de passation de marchés innovante qui a permis d’ajouter des options plus souples au processus d’appel d’offres. Cette expérience m’a donné un aperçu unique des obstacles à l’innovation dans le secteur public et des nombreuses possibilités de recherche de solutions au-delà des modèles traditionnels du gouvernement.
La richesse de mon expérience (de l’urbanisme aux affaires internationales en passant par l’organisation communautaire) me permet de m’appuyer sur une base de connaissances solide pour l’analyse des obstacles et des possibilités dans différents domaines. Plus important encore, mon expérience m’aide à mieux comprendre les besoins, les intérêts et les capacités des personnes, des communautés et des intervenants. J’en suis venu à apprécier la façon dont les acteurs non traditionnels et les voix marginalisées peuvent apporter des connaissances et des perspectives inestimables aux approches de résolution des problèmes.
Les problèmes auxquels nous devons faire face en tant que société, comme les changements climatiques ou les pandémies, sont de plus en plus nombreux, difficiles et complexes. Pour les résoudre, il faudra adopter des approches qui s’écartent du « maintien du statu quo » et peuvent mobiliser toute l’ingéniosité collective du potentiel humain de résolution des problèmes.
Les approches axées sur les résultats s’appuient sur le pouvoir du gouvernement de penser et d’agir à la vitesse du secteur privé pour servir le bien public. Ce type d’approche peut aider le gouvernement du Canada à résoudre les grands problèmes par la mobilisation de personnes intelligentes et d’une multitude de ressources tangibles et intangibles : attention, idées ou financement, pour n’en citer que quelques-unes. À leur tour, les approches axées sur les résultats ont des effets de réseau et des effets multiplicateurs qui améliorent la qualité des efforts de résolution des problèmes et font gagner du temps. Ces approches sont un outil efficace et adaptable qui vient s’ajouter à la boîte à outils sur l’innovation du gouvernement du Canada.
Voici en bref deux solutions innovantes à des problèmes qui sont pour moi une source d’inspiration :
« Pensez aux problèmes et aux possibilités qui se présenteront à vous à l'avenir, et pas seulement à ceux auxquels vous êtes confrontés aujourd'hui. »