Rapport

Bilan rapide des communications sur la COVID-19

Analyse de 125 sources d'information pour avoir un aperçu de ce qui fonctionne dans les campagnes de communication de la COVID-19 et les réponses politiques à l'échelle internationale

Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
molécule de coronavirus sur une carte du monde

1. Résumé

À l'appui des efforts de réponse du gouvernement fédéral, Impact Canada a analysé plus de 125 sources d'information pour avoir un aperçu de ce qui fonctionne dans les campagnes de communication de la COVID-19 et les réponses politiques à l'échelle internationale, ainsi que ce qui a été efficace au cours des épidémies passées. Impact Canada épaule le gouvernement fédéral, en partie en utilisant l’introspection comportementale dans le cadre des messages communiqués et en élaborant certains aspects des communications sur la COVID-19 afin de maximiser leur exactitude et leur capacité à susciter les comportements voulus sur le plan de la santé et des mesures à prendre (p. ex. lavage des mains et éloignement physique).

En cette période où les mesures individuelles et collectives des Canadiens revêtent une importance cruciale pour la réduction de la propagation du virus, les communications doivent tenir compte des connaissances que nous détenons sur le comportement humain.

2. À propos d’Impact Canada

Impact Canada fait partie d’un ensemble exhaustif d’initiatives lancées par le gouvernement du Canada en 2017 visant à résoudre des problèmes politiques complexes en utilisant le concept des prix et défis, des modèles de rémunération à la réussite et des modèles fondés sur le comportement. Impact Canada permet d’utiliser les prix et défis à condition d’observer un ensemble de modalités souples concernant les subventions et les contributions afin d’établir un lien entre le financement et les résultats obtenus et de financer des évaluations rigoureuses fondées sur la recherche.

L’Unité de l’impact et de l’innovation du Bureau du Conseil privé aide les ministères à élaborer des possibilités de financement novatrices qui réunissent les meilleures idées et les plus brillants talents, et qui récompensent les organisations et les personnes qui produisent des résultats très positifs pour les Canadiens.

3. À propos de la science comportementale

L'équipe de ScComp a été mise sur pied en 2015. Depuis, elle n’a eu de cesse de faire croître la pratique de la ScComp dans l’ensemble du gouvernement du Canada (GC). Aujourd’hui, notre équipe est composée d’un groupe central de chercheurs travaillant au Bureau du Conseil privé et de plusieurs fellows en science du comportement intégrés dans les ministères. Nos fellows appuient l’intégration des idées et des méthodes de ScComp dans les secteurs de programme et de politique prioritaires au sein de leurs ministères.

Bien que les membres de notre équipe aient des antécédents universitaires variés et un éventail de spécialités méthodologiques, nous partageons tous une passion pour la compréhension du comportement humain et l’utilisation de cette compréhension pour favoriser le changement. Ce que nous faisons de mieux, c’est de combiner notre connaissance de la littérature aux pratiques de recherche et d’expérimentation de pointe.

3.1 Notre approche : Le processus de conception comportemental

Notre travail se fonde sur les données et les éléments probants. Les essais font partie intégrante de notre façon de travailler. Nous menons des recherches de grande qualité pour comprendre le comportement et nous utilisons une variété d’approches expérimentales et quasi expérimentales rigoureuses pour mettre à l’essai — et mettre à l’échelle — des solutions efficaces.

  • Continuer à lire

    Nos projets suivent souvent un processus en plusieurs étapes que nous adaptons aux besoins et contextes de chaque projet et partenaire.

    1 Déterminer


    • Consultation de la direction du ministère pour déterminer les résultats cibles d’intérêt prioritaire et les comportements clés à cibler, p. ex., port du masque, distance physique, vaccination
    • Discussion sur les approches actuelles et les possibilités d’innovation supplémentaires

    2 Comprendre


    • Réalisation des recherches initiales — p. ex., recension des écrits, entrevues avec des intervenants — pour formuler les hypothèses sur les moteurs et les obstacles aux comportements
    • Poursuite d’autres recherches à méthodes mixtes — p. ex., entrevues, observations, sondages et analyse de données administratives — pour mettre à l’essai les hypothèses

    3 Concevoir


    • Proposition de solutions pour les hypothèses confirmées, en faisant référence à la littérature scientifique comportementale
    • Présentation des prototypes de solutions aux partenaires afin d’obtenir leurs commentaires
    • Itération afin de peaufiner les solutions et préparer les solutions prioritaires à la mise à l’essai

    4 Mettre à l’essai


    • Préparation des plans pour les essais expérimentaux ou quasi expérimentaux des solutions et analyse des résultats
    • Mise en œuvre des solutions en conformité avec le plan de mise à l’essai
    • Collecte des données
    • Analyse et présentation des résultats

    5 Mettre à l’échelle


    • Préparation des plans de mise à l’échelle. Les plans peuvent comprendre une vaste diffusion des résultats, la préparation de notes de service sur les politiques à mener ou le soutien d’autres intervenants clés pour l’adaptation et l’adoption des solutions éprouvées.
    • Appui à l’exécution du plan

4. Points saillants

Pour maximiser l'exactitude et l'efficacité des communications au Canada, l’Impact Canada a analysé plus de 125 sources pour recueillir rapidement des données sur les stratégies qui fonctionnent dans les campagnes de communication sur la COVID-19 dans d'autres pays ainsi que sur ce qui a fait ses preuves de manière générale lors d'épidémies antérieures.

Les thèmes clés et les considérations supplémentaires suivants ont été identifiés :

4.1 Démonstration de l’efficacité

Preuves expérimentales contextualisées (p. ex. essai en réaction à la COVID-19)

En situation de crise, les gens sont susceptibles d’adopter les comportements voulus :

  1. S’ils croient que l’infection peut les rendre gravement malades;
  2. S’ils jugent les comportements efficaces;
  3. S’ils jugent les comportements peu coûteux ou si leur adoption comporte peu d’obstacles;
  4. S’ils croient qu’ils peuvent adopter les comportements s’ils le souhaitaient.

4.2 Évoquant des réponses émotionelles

Preuves expérimentales contextualisées (p. ex. essai en réaction à la COVID-19)

Les émotions sont des catalyseurs importants à l’origine des comportements. Utilisé avec soin et jumelé à des conseils sur les mesures de protection, évoquer une réponse émotionelle peut amplifier les effets des communications.

4.3 Accent sur les mesures collectives, l’altruisme/la responsabilité morale et le devoir civique

Littérature sur la science du comportement dans le cadre des communications en temps de crise

Le fait de souligner que l’auto-isolement et l’éloignement social sont des choix altruistes parce qu’ils protègent les autres, en particulier les populations vulnérables, peut favoriser le respect de ces mesures durant une pandémie, tout comme permet de le faire l’expression de la gratitude à l'endroit des gens qui favorisent le bien commun.

4.4 Mise de l’avant des normes sociales

Littérature sur la science du comportement dans le cadre des communications en temps de crise

Nous reproduisons les attitudes et les comportements des autres selon les renseignements normatifs qu'on nous communique. Les publicités doivent établir de solides normes au sujet des comportements qui ont des effets protecteurs en les présentant comme les comportements normaux à adopter, en rendant plus visibles les comportements invisibles et en tirant parti de la dynamique des normes (c.-à-d. de l’information sur la façon dont les comportements des autres changent avec le temps).

4.5 Accent sur la capacité d’adaptation et instauration d’un sentiment de contrôle pour favoriser la santé mentale

Littérature sur la santé publique concernant les communications stratégiques en cas d’épidémie ou de pandémie

L’incertitude et la perte de contrôle pendant une période d’isolement pourraient nuire à la santé mentale. Les publicités doivent donc offrir de l'aide au grand public pour qu'il accepte la quarantaine et l’isolement, notamment des conseils pratiques pour les demandes d'aide, le maintien d'une routine, la pratique d'activités physiques à la maison, la lutte contre l’ennui et les communications virtuelles avec les proches.

4.5 Lutter contre la fatigue pandémique

Littérature sur la santé publique concernant les communications stratégiques en cas d’épidémie ou de pandémie

Bien que cela soit injustifié, il se peut que la gravité de la pandémie semble moindre au fil du temps, ce qui rend les gens en général moins susceptibles d’adopter les comportements aux effets protecteurs et de suivre les autres conseils en matière de santé publique. Il est donc important que les publicités reconnaissent et encouragent les efforts à long terme et recadrent la situation dans le temps, au besoin, pour combattre la fatigue pandémique.

5. Sources

  1. Littérature sur la science du comportement dans le cadre des communications en temps de crise et littérature sur la santé publique concernant les communications stratégiques en cas d’épidémie;
  2. Données expérimentales rigoureuses au sujet de messages d’essai diffusés ailleurs dans le monde (p. ex. au Royaume-Uni et en Irlande) qui visaient à analyser la perception du public à l’égard des communications sur la COVID-19 ainsi que les mécanismes psychologiques susceptibles de déterminer leur efficacité;
  3. Expertise du BCP au sujet de la science du comportement et observations d’une communauté mondiale d’universitaires, de professionnels et d’experts qui utilisent activement cette science dans le cadre de la pandémie de COVID-19.
Publié : 2020-04-01
Date de modification : 2024-10-18

Luke

Soumis par tarab le

Luke Babad est responsable principale des sciences du comportement à l’Unité de l’impact et de l’innovation du Bureau du Conseil privé, où il se concentre sur les nouveaux programmes liés aux frontières, aux voyages et à l’immigration.

Dr. Emily

Soumis par tarab le

Emily est fellow en sciences du comportement à l’Unité de l’impact et de l’innovation (UII) au Bureau du Conseil privé. Elle travaille avec des partenaires à Ressources naturelles Canada qui appliquent la science du comportement pour appuyer l’étiquetage énergétique résidentiel et l’étiquetage des adaptations.

Avant de se joindre à l’UII, Emily travaillait dans un institut de recherche caritatif qui mène des travaux de recherche appliquée pour améliorer les traitements et les services en santé mentale et en toxicomanie.

Dominique

Soumis par tarab le

Dominique est analyste principale au sein de l’équipe Stratégies de données et de mesure. Avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, elle explore de nouvelles façons d’analyser et d’utiliser les données pour faire progresser la mesure et la production de rapports en ce qui a trait aux politiques, aux programmes et aux investissements liés aux émissions de GES.

Rapport

La complexité de l’utilisation des données fiscales pour mesurer l’incidence des défis

Notre rose, notre épine et notre bourgeon

Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
gros plan, style hyper-surréaliste, rose rouge vif avec des représentations fanées de divers graphiques à barres et des éléments de données abstraits en arrière-plan

Introduction

Depuis 2017, Impact Canada s’associe à des partenaires fédéraux pour utiliser les défis comme outil de financement innovant afin d’aider à résoudre des problèmes complexes pour la population canadienne. Les défis d’Impact Canada diffèrent des autres programmes de financement gouvernementaux traditionnels, car ils sont conçus comme une approche axée sur les résultats . ils utilisent des incitations financières et non financières pour amener les innovateurs à orienter leurs talents vers la recherche de solutions à des problèmes particuliers.

Depuis le lancement des défis, Impact Canada s’efforce de mesurer leur incidence et d’améliorer la façon dont ils sont conçus et mis en œuvre. Guidé par un modèle logique clair, Impact Canada a opérationnalisé à la fois la recherche quantitative avec Statistique Canada, et la recherche qualitative, y compris les études de cas, les sondages et les analyses des réseaux sociaux. Pour en savoir plus sur la méthode d’Impact Canada pour mesurer de l’incidence, veuillez lire ce billet de blogue.

Dans les rapports précédents, nous avons présenté les points saillants des sondages menés auprès des parties prenantes et les résultats d’une analyse des réseaux sociaux réalisée en collaboration avec des étudiants de l’Université de la Colombie-Britannique et Statistique Canada afin de mesurer l’incidence de notre projet Défi de l’alimentation dans l’espace lointain.

Exploration des analyses quasi expérimentales

Qu’a-t-on fait?

Depuis 2019, Impact Canada s’est associé au Centre des projets spéciaux sur les entreprises (CPSE) de Statistique Canada pour explorer l’utilisation des données fiscales afin d’éclairer le rendement des candidats aux défis et d’évaluer l’incidence économique des défis à l’aide de l’Environnement de fichiers couplables - Entreprises (EFC-E) de Statistique Canada. L’EFC-E est un environnement dans lequel différentes sources de données administratives et de sondages sont liées aux microdonnées de Statistique Canada sur les entreprises.

  • Environnement de fichiers couplables - Entreprises (EFC-E) (Statistique Canada)
    Sources de données administratives
    Registre des entreprises (RE)
    Programme d'analyse longitudinale de l'emploi
    Index général des renseignements financiers - Entreprises non constituées en sociétés
    Index général des renseignements financiers - Entreprises constituées en sociétés
    T4 (État de la rémunération Payée) fichier supplémentaire
    FPP (Fichier Principal Personnel) du propriétaire principal de l'entreprise (avec des variables du recensement et de la base de données longitudinales sur l'immigration
    BDA (Base de données T1 améliorée) du propriétaire principal de l'entreprise (avec des variables du recensement et de la base de données longitudinales sur l'immigration
    Compte de retenues sur la paye
    Registre des exportateurs
    Registre des importateurs
    Brevets (Office de la propriété intellectuelle du Canada)
    United States Patent Office (USPTO) - Entreprises canadiennes seulement -
    Soutien à la croissance et à l'innovation en entreprise
    Programme des données fiscales agricoles
    Organismes de bienfaisance
    Base de données de recherche sur les brevets canadiens
    Base de données sur la diversité et les compétences
    Sources de données d'enquête
    Enquête annuelle Recherche et développement dans l'industrie canadienne
    Balance des paiements : investissements directs canadiens à l'étranger
    Balance des paiements : investissements directs étrangers au Canada
    Échanges de services commerciaux
    Enquête sur l'innovation et les stratégies d'entreprise
    Enquête sur l'innovation
    Enquête sur le commerce électronique et la technologie
    Enquête sur les technologies de pointe
    Enquête sur la commercialisation de l'innovation
    Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises
    Enquête sur la gestion de la propriété intellectuelle
    Enquête sur la technologie numérique et l'utilisation d'Internet
    Enquête sur le coût de la mise en conformité à la réglementation
    Demande pour les dépenses de recherche scientifique et développement expérimental
    Enquête sur la connaissance et l'utilisation de la propriété intellectuelle

    Source: https://www23.statcan.gc.ca/imdb/p2SV_f.pl?Function=getSurvey&SDDS=6000

Des analyses quasi expérimentales ont été explorées pour tenter de reproduire la rigueur des essais contrôlés randomisés, ce qui n’est pas possible à mettre en œuvre dans le cadre d’un défi, car les gagnants du concours ne sont pas assignés de manière aléatoire. Pour démontrer les effets de causalité des défis sur les résultats d’intérêt, les données sur les candidats aux défis, collectées par Impact Canada, ont été reliées au Registre des entreprises (RE). Le RE est un répertoire des entreprises enregistrées au Canada, tenu par Statistique Canada. Cet ensemble de données a ensuite été relié aux données fiscales de l’EFC-E afin de comprendre quels types d’entreprisesFootnote 2 participent aux défis en évaluant les caractéristiques de leurs activités et leur rendement économique. Un groupe de non-candidats a été créé en exploitant les similitudes entre les organismes à travers une série de variables afin de réaliser une analyse comparative.

Cette approche comportait deux volets. Tout d’abord, pour comprendre si les défis mobilisent de nouveaux talents, nous avons établi le profil des entreprises en fonction de leurs caractéristiques géographiques et professionnelles. Deuxièmement, pour comprendre si les défis augmentent les investissements et renforcent les compétences et les capacités, nous avons comparé le rendement des entreprises des candidats aux défis à celui des non-candidats selon les indicateurs suivants :

  • actif;
  • passif;
  • emplois;
  • salaires et traitements;
  • productivité du travail;
  • dépenses de recherche et développement (R et D).

Deux séries d’analyses quasi expérimentales ont été menées. La première a été menée pour évaluer la possibilité d’évaluer le succès des défis dans la réalisation de leurs objectifs. Comme Impact Canada a lancé de nouveaux défis et que le nombre de candidats aux défis a augmenté depuis la première étude, une deuxième analyse a été réalisée. La deuxième analyse visait à approfondir et à élargir la portée de la première étude en incluant les années supplémentaires de données sur les entreprises et en évaluant la faisabilité d’une analyse de l’incidence du programme.

 

Pourquoi ces travaux ont-ils été faits?

Contrairement aux sondages et autres méthodes de collecte de données, l’utilisation de données administratives, telles que les données fiscales, à des fins autres que celles prévues, permet d’accéder à des données de haute qualité pour établir le profil de rendement économique des entreprises. Il est important de noter que l’utilisation de données administratives permet d’alléger le fardeau des candidats participant aux défis en leur évitant d’avoir à répondre à des questionnaires.

La Loi sur la statistique permet à Statistique Canada de relier les données fiscales à d’autres données de sondages et administratives à des fins de recherche. Statistique Canada peut ainsi collaborer avec les ministères « à la collecte, à la compilation et à la publication de renseignements statistiques, y compris les statistiques qui découlent des activités de ces ministères ». Les données liées offrent la possibilité d’accroître la portée et la profondeur des recherches possibles. Par exemple, l’utilisation de données fiscales peut ouvrir la voie à des variables de substitution pour mesurer les résultats.

L’exploration d’une analyse quasi expérimentale à l’aide de l’EFC-E s’est avérée convaincante pour évaluer l’incidence des défis, car elle fournit des données probantes sur le rendement des candidats en fonction des investissements après le défi. Elle permet également de comparer les candidats à des organismes similaires qui n’ont pas présenté de demande dans le cadre des défis d’Impact Canada, ce qui nous permet d’évaluer l’efficacité avec laquelle les résultats du programme des défis sont atteints.

Pour résumer de manière systématique les résultats et les enseignements tirés de ce travail, nous faisons l’analogie avec une rose. Le rapport ci-dessous résume d’abord ce qui s’est bien passé et les résultats des analyses (notre rose), puis décrit les obstacles que nous avons rencontrés (notre épine), et enfin décrit ce que nous avons appris et les possibilités futures d’approfondir ce travail (notre bourgeon).

Notre rose : ce que nous avons appris jusqu’à présent

La première analyse quasi expérimentale a été menée en 2021 et a porté sur sept défis lancés de 2017 à 2019. Comme d’autres données sont devenues disponibles, une deuxième analyse quasi expérimentale a été menée en 2023, portant sur douze défis lancés de 2016 à 2021. Parallèlement à la deuxième analyse, une analyse complémentaire a été réalisée pour évaluer la faisabilité d’une analyse d’incidence du programme des défis.

Les résultats de la deuxième analyse, présentés dans la figure 1, montrent que 90 % des candidats aux défis étaient des organismes à but lucratif. Comme présentés dans la figure 2, les candidats étaient répartis géographiquement, trois entreprises sur quatre ayant leurs activités en Ontario (41 %), dans les Prairies (18 %) ou en Colombie-Britannique (16 %).

La majorité (95 %) des candidats étaient des petites entreprises, comptant moins de 100 employés, et plus de la moitié (59 %) étaient de jeunes entreprises en activité depuis moins de 5 ans, comme le montre les figure 3 à 4.

La figure 5 montre que si les entreprises qui relèvent les défis d’Impact Canada sont diverses et opèrent dans 20 secteurs différents, plus de la moitié (59 %) d’entre elles appartiennent aux secteurs de la fabrication (22 %) et des services professionnels, scientifiques et techniques (37 %).

Pour savoir si les candidats aux défis ont effectivement été en mesure de faire augmenter les investissements grâce aux mesures d’aide fournies dans le cadre des défis, les produits, l’actif et le passif des candidats aux défis ont été analysés et comparés à ceux des non-candidats.

L’analyse comparative a montré que les candidats aux défis font augmenter en fait davantage les investissements que les non-candidats, puisque les taux de croissance des produits (104 % et 50 %), de l’actif (125 % et 111 %) et du passif (226 % et 122 %) de 2016 à 2020 étaient plus élevés pour les candidats que pour les non-candidats, comme le montre les figures 6 à 7.

Pour savoir si les défis améliorent les compétences et les capacités des candidats, les données relatives à l’emploi et aux salaires ont été analysées. Les figures 8 à 11 montre que les défis renforcent effectivement les compétences et les capacités, puisque les taux de croissance de 2016 à 2021 de l’emploi (58 % et 36 %), des salaires (100 % et 62 %), du salaire par employé (23 % et 15 %) et de la productivité du travail Footnote 3 (124 % et 62 %) étaient plus élevés chez les candidats aux défis que chez les non-candidats.

Les dépenses de R et DFootnote 4 ont été évaluées pour déterminer si les défis contribuaient au développement de produits et de services innovants. Les résultats montrent que de 2016 à 2020, les non-candidats (28 %) ont davantage augmenté leurs dépenses de R et D que les candidats (14 %), comme le montre la figure 12.

Une partie de la deuxième série d’analyses a consisté à évaluer la faisabilité d’une analyse d’incidence du programme. Le travail visait à explorer les types de méthodes statistiques qui pourraient être utilisées pour une analyse d’incidence et la faisabilité d’une analyse d’incidence future, une fois que des données supplémentaires seront disponibles. L’étude de faisabilité servirait à documenter les forces et les faiblesses des approches et à formuler des suggestions sur ce qu’il conviendrait de faire au cours des années suivantes pour réussir une analyse d’incidence.

Quelles sont les conclusions de l’analyse de faisabilité?

Une évaluation de la faisabilité d’une analyse d’incidence a été réalisée d’après les données disponibles afin de déterminer l’incidence de la participation aux défis d’Impact Canada. En d’autres termes, il s’agit de répondre à la question suivante : existe-t-il des preuves statistiquement significatives que la participation aux défis d’Impact Canada améliore de manière mesurable les résultats des candidats en matière d’investissement et d’emploi?

Afin de s’assurer que des données suffisantes étaient disponibles avant et après le défi, l’analyse d’incidence a été menée auprès de 40 entreprises ayant remporté au moins un prix (demi-finalistes, finalistes et lauréats du grand prix) à la suite de six défis relevés de 2016 à 2021. Une méthode d’écart entre les différencesFootnote 5 a été utilisée pour tester les effets de la participation aux défis sur une série de variables de résultats, notamment les produits, les dépenses, l’actif, le passif, l’emploi, les salaires et la productivité du travail.

Les résultats de l’étude de faisabilité n’ont pas démontré de manière statistiquement significative que la participation à un défi avait une incidence sur l’une des variables dépendantes testées (produits, dépenses, actif, passif, emploi, salaires et productivité du travail). Toutefois, ce travail a permis de jeter les bases d’une estimation future de l’incidence des défis d’Impact Canada.

Notre épine : les limites

Les limites de la mesure de l’incidence des défis

Les défis Impact Canada varient en fonction du sujet, des résultats escomptés, du calendrier, du nombre d’étapes, du montant du prix et du nombre de candidats. Pour l’évaluation de l’incidence, il en résulte un cadre complexe, surtout quand on tient compte de la variabilité entre les défis et les candidats. Cette variabilité implique un certain degré d’hétérogénéité.

Cette hétérogénéité parmi les candidats est encore accrue par le fait que les défis faisaient appel à divers types de candidats, tels que des entreprises, des universitaires, des particuliers, des organisations gouvernementales et autochtones, ainsi des candidats étrangers. En outre, au fur et à mesure que les étapes du défi sont franchies, moins de candidats accèdent à la demi-finale, à la finale et au grand prix, ce qui réduit la taille de l’échantillon de candidats qui sont mieux à même de démontrer si les résultats du défi sont atteints. Cette attrition pose un problème, car il est logique de se concentrer sur les candidats qui ont progressé avec succès, étant donné qu’ils ont reçu progressivement plus de fonds publics que les candidats non retenus, et qu’ils ont vraisemblablement eu plus de temps pour commercialiser leurs produits et les adapter. Pour justifier cette notion et produire des preuves de l’incidence des défis sur le rendement des entreprises des candidats retenus, il faudrait procéder à d’autres analyses empiriques fondées sur la théorie et sur des études antérieures.

La petite taille de l’échantillon de demi-finalistes, de finalistes et de lauréats du grand prix ne permet pas non plus d’estimer l’incidence de chaque défi. Par conséquent, pour évaluer l’incidence des défis sur les candidats retenus, on a regroupé les défis susceptibles d’avoir une incidence différente à différentes échelles.

Les limites de l’utilisation des données fiscales pour mesurer l’incidence de défis

Malgré les avantages que présente l’utilisation des données fiscales des entreprises pour mesurer les résultats et l’incidence de défis sur le rendement des entreprises, elle présente également des limites, car seuls les organismes candidats dont les informations peuvent être reliées aux données fiscales peuvent être utilisés pour l’analyse. Cette approche ne s’applique pas aux universitaires, aux particuliers et aux candidats n’appartenant pas au monde de l’entreprise, ce qui limite l’incidence du programme à la seule perspective des entreprises. La taille de l’échantillon s’en trouve donc davantage réduite, et cette approche pèse sur le niveau de précision des statistiques présentées pour établir le profil du rendement des entreprises à l’aide de données fiscales, compte tenu des exigences en matière de confidentialité des données. En outre, certaines données fiscales ne sont pas fournies par toutes les entreprises, telles que les dépenses de R et D, ce qui limite les variables de substitution disponibles pour évaluer si des investissements sont réalisés dans le développement de produits et de services innovants soutenus par le défi.

À cause de l’hétérogénéité tant dans le programme que parmi les candidats, de la petite taille de l’échantillon et des inévitables données aberrantes (qui ne peuvent pas toujours être supprimées en raison de la taille déjà réduite de l’échantillon), qui mettent en évidence les compromis entre la précision et la robustesse, il est difficile pour un modèle statistique de produire des données probantes de l’incidence dans le contexte de cette recherche.

Ces limitations, associées à la disponibilité variable des données, restreignent également la possibilité de comparer l’incidence d’un défi par rapport à un autre au cours d’une année donnée. Pour l’instant, des mesures ponctuelles sont produites pour les défis terminés et en cours, afin de se faire une idée de leur incidence.

Notre bourgeon : enseignements tirés et travaux futurs

Qu’avons-nous appris?

L’exploration d’analyses quasi expérimentales utilisant des données fiscales s’est avérée une méthode rigoureuse de production de données probantes, adaptable à la mesure des résultats et de l’incidence à mesure qu’ils se révèlent. En outre, ce travail a démontré que l’utilisation de données administratives pour évaluer l’incidence économique des programmes peut également fournir des informations sur les conséquences des programmes ou des politiques à une plus large échelle.

Étant donné que les ensembles de données fiscales des entreprises sont à la fois complets et actuels, elles offrent des possibilités d’effectuer de futures analyses longitudinales et transversales et d’accroître la portée et les capacités de la recherche, si nécessaire. Toutefois, pour y parvenir et pour surmonter les nombreuses limites posées par la conception et la méthodologie de défis, ainsi que par la disponibilité actuelle des données, nous avons compris qu’il nous faudra beaucoup de temps. Au fur et à mesure que des défis plus récents sont menés à terme et que suffisamment de données préalables et postérieures sont disponibles, le nombre de candidats retenus augmente également, ce qui peut contribuer à améliorer la robustesse des analyses statistiques et permet de fournir des informations sur les résultats à long terme, par exemple les améliorations économiques.

Le partenariat entre Impact Canada et Statistique Canada a ouvert la porte à une initiative de recherche et d’analyse itérative, dans le cadre de laquelle nous sommes en mesure de tirer parti de nos apprentissages. Le travail de collaboration réalisé jusqu’à présent pour évaluer l’incidence des défis a jeté des bases solides et offre de nombreuses possibilités d’explorer d’autres approches quasi expérimentales et d’accroître la solidité des analyses effectuées dans les années à venir. Lorsque davantage de données seront disponibles, en 2024 et au-delà, nous espérons que d’autres possibilités d’analyse nous permettront d’explorer d’autres questions de recherche afin de mieux informer sur le financement basé sur les résultats.

Que pourrions-nous explorer à l’avenir?

Pour améliorer la façon dont les résultats des défis d’Impact Canada sont mesurés, les analyses quasi expérimentales pourraient être améliorées dans le cadre des travaux futurs en explorant les liens potentiels entre les données fiscales disponibles, les données sur les brevets et les données ouvertes sur les investissements. D’autres méthodologies, telles que les modèles dynamiques d’écart entre les différences qui pourraient fournir des estimations de l’incidence chaque année suivant le lancement d’un défi, pourraient également être explorées pour améliorer les analyses d’incidence.

Remerciements

Nous remercions nos partenaires de Statistique Canada, Xavier Bouchard-Vachon et Simon Dessureault, avec qui nous avons collaboré de manière continue dans le cadre de cette recherche. La collaboration avec un organisme statistique a permis à Impact Canada de tester et d’affiner ses approches.

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

La complexité de l’utilisation des données fiscales pour mesurer l’incidence des défis

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info@pco-bcp.gc.ca

© Sa Majesté le Roi du chef du Canada, 2024.


This publication is also available in English: Our rose, thorn and bud

ISBN: 978-0-660-69729-1
CP22-211/2024F-PDF

Publié : 2024-01-11
Date de modification : 2025-12-12
Blogue

L’amour n’est pas aveugle

Pourquoi nous recherchons les imperfections dans l’innovation

Nolan D’Souza, Fellow, Prix et défis
Impact Canada, Unité de l'impact et de l'innovation, Bureau du Conseil privé
Nolan D'Souza

Quel est le rapport avec l’amour?

Nous sommes tous passés par là : vous êtes prêt à ce que le monde découvre l’idée révolutionnaire qui vous obsède et qui peut créer des changements positifs pour le plus grand nombre. Un feu brûle dans votre estomac et votre cœur bat la chamade parce que l’idée dont vous êtes tombé amoureux est sur le point de devenir réalité. Cependant, une fois que vous en parlez, d’autres personnes peuvent trouver que l’idée n’est pas si bonne — elles peuvent même vous dire qu’elle ne marchera jamais. Aïe!

En tant que fellow en défis et prix d’Impact Canada, j’ai travaillé avec l’Agence de la santé publique du Canada pour concevoir et lancer le Défi axé sur la prévention du diabète de type 2. Lorsque j’ai présenté la première version du prototype de ce défi auprès d’experts en prévention des maladies chroniques, leurs commentaires ont mis en évidence les points qui fragiliseraient mon concept (que j’avais passé d’innombrables heures à créer) et le feraient échouer, m’éclairant sur des « inconnues » que je n’avais pas encore détectées. Solliciter ces critiques de la part de personnes concernées par le problème et d’autorités en matière de prévention du diabète constituait un élément extrêmement important de l’utilisation de l’innovation en tant que processus de résolution des problèmes. Cette démarche a permis de rajuster la conception du défi de manière à ce qu’il permette aux innovateurs d’avoir le plus grand effet possible sur la prévention du diabète de type 2 au Canada. Tout au long de ce processus, j’ai régulièrement fait attention à mes préjugés pour m’assurer que je n’ignorais pas les lacunes que d’autres personnes avaient décelées dans le but de voir ma propre idée prospérer. Certains qualifient de « syndrome du bébé laid » la tendance consistant à tomber amoureux de son idée ou de son innovation, à croire qu’elle est parfaite à tous points de vue et à penser qu’elle suivra la voie tracée sans nécessiter aucun changement.

En réalité, que vous créiez un prix et défi, que vous posiez votre candidature en tant qu’innovateur ou que vous pensiez avoir trouvé une percée, aucune idée n’est parfaite au départ. Il s’avère nécessaire de nourrir son idée pour combler ses lacunes et en faire quelque chose de magnifique. Pour réduire le risque de créer quelque chose que personne n’a demandé ou dont personne ne veut, les pionniers prennent le temps de nourrir leur idée pour l’améliorer, voire la modifier radicalement, plutôt que d’en faire des éloges injustifiés. Le processus consistant à mettre son idée à l’essai pour voir où il faut investir encore plus de temps et d’énergie en plus des innombrables efforts déjà consentis est une douleur croissante qui transforme l’idée en quelque chose de significatif pour un plus grand nombre de personnes.

J’ai découvert, par une expérience douloureuse, que le pas le plus important qu’une [personne] puisse faire est toujours le suivant.
— Brandon Sanderson

Il faut avoir la foi

Les prix et défis organisés en partenariat avec Impact Canada utilisent un processus par étapes pour créer un environnement et un calendrier permettant aux innovateurs de mettre à l’essai et d’affiner continuellement leur idée. Ce processus sert d’échafaudage aux idées pour atteindre des résultats partiels liés à un objectif du défi, et permet aux idées les plus prometteuses de passer aux étapes suivantes. À chaque étape du défi, les innovateurs ont accès à des prix monétaires et à des mesures de soutien non financier qui leur permettent de transformer leur innovation en une version plus efficace de leur idée initiale. Même les critères d’évaluation du défi concentrent les efforts des innovateurs (en fonction des progrès réalisés à chaque étape ultérieure) pour solliciter de la rétroaction, y répondre et revoir leur travail, si nécessaire, de manière à apporter la plus grande valeur ajoutée aux solutions. La participation à un prix et défi aide les innovateurs à développer leur idée.

La créativité consiste à imaginer de nouvelles choses. L’innovation consiste à faire de nouvelles choses
— Theodore Levitt

Ne cessez pas de croire

Selon moi, aimer son idée signifie de s’assurer qu’elle a toutes les chances de devenir la meilleure version d’elle-même. Cet état d’esprit ne signifie pas qu’il faut laisser les autres prendre le contrôle, mais qu’il faut avoir la confiance nécessaire pour synthétiser tous les commentaires reçus avec sa propre expertise afin d’améliorer l’idée. Le réexamen constant de la valeur créée par l’idée et des personnes qui en bénéficient sont des éléments importants de ce processus de réflexion utilisé dans le cadre d’un défi d’Impact Canada. Durant la définition du problème, au cours d’une phase de compréhension, la question de savoir si un défi représente la bonne méthode pour résoudre le problème est un mantra qui garantit que le pouvoir de l’innovation pour débloquer les problèmes persistants est réellement exploité. Par exemple, nous devons nous assurer que les solutions au problème posé bénéficient de l’ouverture à un plus grand nombre d’innovateurs, qu’un défi accélère effectivement les progrès, que les résultats peuvent être mesurés et que les solutions peuvent être adoptées ou transposées à plus grande échelle une fois le défi terminé. Pendant les phases de conception et de mise à l’essai, au cours desquelles la structure du défi prend forme et est affinée, il est important de recueillir les voix, les opinions et la rétroaction de nombreuses personnes pour éviter les lacunes découlant des angles morts et de la pensée de groupe, en équilibrant les tensions délicates liées aux résultats qui seront obtenus. Voici un petit échantillon des tensions que j’ai rencontrées :

  • La conception et les résultats profitent-ils de manière significative à un petit groupe ou ont-ils une incidence plus large mais moins importante pour de nombreuses personnes?
  • S’agit-il d’un nouvel outil, d’une nouvelle technologie ou d’un nouveau processus qui présente un avantage pour certains, mais qui crée un fossé pour d’autres?
  • Jouera-t-il sur la dépendance à l’égard du chemin parcouru ou facilitera-t-il la sortie du moule?
  • Crée-t-il une amélioration sociale ou un développement économique?

L’examen constant de ces questions permet à toute idée (ou à tout défi visant à faire émerger des idées) de continuer à se perfectionner et permet de lui donner les conditions nécessaires à sa croissance. Ainsi, aimer son idée, c’est ne pas être aveugle à ses imperfections. Cela signifie qu’il faut faire confiance à un processus de réflexion dans lequel même l’idée la plus imparfaite a un énorme potentiel à révéler — c’est ce potentiel qui peut conduire à une percée susceptible de créer un changement profond.